🚌 Autobus, cars & Co - Histoire des transports en commun entre Toulon et Le Revest



Source : Claude Chesnaud dans le bulletin N°58 de mai 2012 de la Société des Amis du Vieux Revest et du Val d'Ardène


Pétitionner  est  un  acte  très  ancien  qui  permet  une  expression  démocratique fondamentale. Bien souvent, c’est l’exaspération qui motive cette démarche. Mais grâce à ce type de communication et  après la lecture d’une pétition et de sa lettre d’accompagnement écrite par le citoyen revestois, ATXER Justin, nous allons pouvoir (partiellement ?) remonter le temps.


La pétition de 1936

ATXER Justin qui se veut « interprète des usagers des cars desservant si mal notre Commune » adresse, en date du 13 septembre 1936, une requête à MEIFFRET Pierre, maire du Revest-les-Eaux :


« Depuis de nombreuses années un service de transport en commun fonctionne sur la ligne  Toulon-Le Revest, service subventionné par l’État (PTT), le Département et la Commune du Revest-les-Eaux. Depuis sa création, la ligne est desservie par les mêmes véhicules, non confortables (vieux châssis de carrosserie Berliet) transportant, trimbalant plutôt les voyageurs à des heures tout à fait incommodantes pour nous.


Des ouvriers, de plus en plus nombreux, vont à Toulon, ville voisine, soit à l’industrie, soit à l’Arsenal. Aucun transport sérieux n’existe pour cela. »


Les  Revestois, pour effectuer les 7 kilomètres, mettent 35 minutes : « Ce  qui représente une vitesse horaire de 12 kilomètres », précise l’interprète des usagers. Sans oublier : « Que l’on est assis sur des banquettes en bois non rembourrées. »
Il est important de rappeler que le terminus du tramway le plus proche était à 3 kilomètres, à la Chapelle des Moulins. 3 kilomètres Aller le matin et 3 kilomètres Retour le soir : une charge supplémentaire pour des ouvriers effectuant des tâches pénibles.


Le Conseil municipal, « ému par ces doléances », se réunit le 12 octobre 1936. Il constate  le  bien-fondé de la pétition et,  « devant l’intransigeance égoïste du concessionnaire » saisit les pouvoirs publics : le Conseil d’arrondissement et le Conseil général (M. VACQUIER).
A ce stade de nos recherches, nous ne pouvons pas écrire avec certitude les conclusions de l’ensemble de cette démarche. Ce que nous pouvons faire, c’est un retour dans le temps : à partir de 1919.


Le 20 avril 1919, Eugène CHAIX, alors Maire par intérim du Revest, lors d’un conseil municipal constate « avec peine » que l’organisation des « transports rapides » du département favorise certains qui disposent de deux ou trois moyens de locomotions rapides. « D’autres, par contre, qui sont à plus de 8 kilomètres (lire : Le Revest ...) de toutes voies ferrées à traction électrique ou à traction à vapeur n’ont même pas un facteur en voiture. Même l’antique diligence de nos pères leur (lire : les Revestois...) fait défaut .»


En 1919, le délai de voyage entre Le Revest et Toulon (alors Chef lieu d’arrondissement) était de 2 heures.


Une convention de service public en 1923

Le 10 novembre 1923, le Préfet du Var (au nom du département) signe avec M. GENIN, entrepreneur à Toulon, une convention afin d’établir un service public, avec subventions départementales exclusivement, de transport de voyageurs et de marchandises par voitures automobiles entre Toulon et le Revest en se référant au cahier des charges suivant :

  • Départ Toulon, terminus Le Revest,
  • Itinéraire : Rue Hippolyte Duprat, Boulevard de Strasbourg, Avenue Lazare Carnot, Chemin de grande communication n°46 et l’annexe de ce chemin sur le Revest,
  • Traversées des localités : Faubourgs Saint-Roch et Armand Barbès ; Hameau de la Chapelle des Moulins,
  • La longueur totale est évaluée à 7 kilomètres 500,
  • L’entreprise aura 5 années d’exploitation à compter du 1 er avril 1923,
  • Le matériel comprendra au moins deux voitures pour voyageurs pouvant porter chacune dix voyageurs et 250 kilogrammes de bagages et de messagerie,
  • Les véhicules seront agréé s par la préfecture,
  • La charge par essieu ne dépassera pas 2.000 kilogrammes pour les voitures et le poids par centimètre de largeur de jante ne dépassera pas 150 kilogrammes,
  • Les roues des voitures pour voyageurs seront munies de bandages en caoutchouc,
  • Les moteurs seront entretenus avec tout le soin nécessaire pour assurer un service régulier,
  • Leur puissance permettra de faire circuler les voitures à la vitesse effective de 30 kilomètres à l’heure en pallier pour une moyenne de 20 kilomètres sur l’ensemble du parcourt,
  • L’échappement de la fumée ou d es gaz s’effectuera au - dessus des voitures ou en dessous mais à l’horizontal afin de ne pas dégrader la chaussée,
  • Chacun des deux freins sera assez puissant pour permettre, à une vitesse de 30 kilomètres, un arrêt sur une distance de 25 mètres,
  • Les voitures pour les voyageurs seront closes et couvertes, les baies munies de panneaux ou de glaces mobiles susceptibles de les fermer hermétiquement. Elles seront garnies de stores,
  • Au - dessus des banquettes seront disposés des filets pour le rangement de colis à l a main,
  • Les voitures seront éclairées à l’intérieur pendant la nuit,
  • Quand la température extérieure descendra au - dessous de 6 degrés, le chauffage des voitures sera assuré par un procédé offrant toutes les garanties de salubrité voulues,
  • Des bâches imperméables mettront les bagages et messageries à l’abri de la pluie,
  • Les arrêts seront faits à la demande des voyageurs,
  • Les tarifs maximum sont les suivants :

- De Toulon à la Chapelle des Moulins : 0,75 franc
- De la Chapelle des Moulins au Revest : 0,50 franc
- Ligne entière de Toulon au Revest : 1,25 franc
- Les enfants au-dessous de cinq ans ne payeront rien à condition d’être tenus sur des genoux.
- Les mutilés ou réformés ayant au moins 50% d’invalidité obtiendront une réduction de 50%.
- Les petits colis à main trouvant une place dans les filets seront admis en franchise.
- Les bagages de moins de 10 kilogrammes seront admis en franchise.
- Les tarifs pourront être révisés si le prix de l’essence a subi une fluctuation supérieure à 20%.
- Les tarifs seront affichés. »

Le 25 juin 1928, est signé un avenant à la convention du 14 janvier 1924 : devant M. CAMEAU, Préfet du Var, M. GENIN Auguste s’engage, à compter du 1er avril 1928, à continuer jusqu’en 1936 l’exploitation de la ligne entre Toulon et Le Revest.

Une subvention publique totale versée par le Département sera de 5.000 francs.


Un autobus garé face au Vieux Château


Le 21 mars 1931, Madame Veuve GENIN fait savoir à Marius CADIERE, maire du Revest-les-Eaux, qu’elle vient de céder le service à Messieurs BOUCHARD et CAMPENIO à compter du 1er avril 1931.

Le maire du Revest-les-Eaux, par une réponse en date du 26 mars 1931 « regrette cette cession d’exploitation où vos employés avaient la sympathie de nos concitoyens pour leur serviabilité et leur politesse avec les usagers. » Le conseil municipal s’associera à ces remerciements.


Une demande de nouveaux horaires en 1935

Le 29 novembre 1935, M. BERTIN, Ingénieur des T.P.E., envoie au maire du Revest une note-proposition du Conseiller d’arrondissement, M. VACQUIER :

  • Considérant le préjudice causé par ce service aux ouvriers du Revest de la Vallée de Dardennes et aux enfants se rendant aux écoles ;
  • Considérant qu’aucun service ouvrier n’est fait par cette entreprise le matin et le soir ;
  • Considérant que les subventions accordées par le Département par le Service des P.T.T. et la Mairie du Revest s’élèvent à la somme de 13.000 francs par an ;
  • Considérant (le besoin) d’apporter des améliorations qui inciteront les excursionnistes à se rendre en plus grand nombre dans cette riante localité et que ce sera tout à l’avantage du commerce local ;
  • Le Conseil d’ Arrondissement émet le vœu que satisfaction soit immédiatement accordée aux habitants du Revest et de Dardennes, et que l’horaire soit modifié de la façon suivante :

Tableau des modificatins d'horaires demandées en 1935


Le 14 décembre 1935, le maire du Revest retient la date du 18 décembre : « Comme vous ne pouvez être entendu en séance publique, j’ai décidé que le Conseil siégerait en séance plénière ; il n’y aura en conséquence d’autres personnes présentes en dehors de m es Collègues du Conseil. »


Le 10 avril 1936, en réponse à la correspondance de la note de M. BERRIN du 29 novembre 1935, un constat de rupture est fait après la convocation de M. BOUCHARD devant le conseil municipal. Le concessionnaire de la ligne Revest-Toulon rejette les propositions d’horaire demandé par le Conseiller d’arrondissement, après la réclamation faite par un conseiller municipal revestois. Il accepte de faire des voyages supplémentaires à la seule condition qu’on lui alloue 50 francs par jour et par voyage supplémentaire. Le maire du Revest écrit :
« Le budget de la Commune du Revest s’élevant au total à 50000 francs environ ne peut s’offrir ce luxe. Nous demandons à ce que le Département augmente la Subvention à Monsieur BOUCHARD pour assurer le service demandé. A notre avis, la seule solution possible serait que les allocations Départementale et Postale versées au Concessionnaire fussent payées à la Mairie du Revest qui, à ce moment là, créerait un Service d’autobus en régie municipale. »


Le 18 avril 1936, le maire du Revest souhaite, auprès du directeur départemental des Postes Télégraphes Téléphones (à Draguignan) et auprès du préfet du Var, obtenir la duplication de la convention qui régit le service d’autobus Revest-Toulon.


Le 21 avril 1936, le directeur départemental des Postes-Télégraphes-Téléphones répond négativement, mais informe que la convention demandée et le marché de gré à gré signés avec l’entrepreneur prennent fin le 31 décembre 1936.


Le 9 mai 1936, le maire du Revest-les-Eaux intervient auprès du Conseil général du Var. Par une délibération en date du 17 décembre 1920, le Conseil général a admis le principe de réorganisation du service public automobile. Par une nouvelle délibération du 21 janvier 1927, le Conseil n’a accordé des concessions que jusqu’au 31 décembre 1936. Mais, « sur protestation des entrepreneurs de transport », le maire du Revest souligne qu’un nouveau projet de réorganisation, adopté en séance du 17 mai 1935 par le Conseil général, « donne satisfaction à la protestation précitée » en imposant une prorogation automatique de tous les contrats jusqu’en décembre 1940. « Il résulte donc, en fait, qu’aucune modification d’un service de transport, reconnu depuis longtemps insuffisant, n’a été apportée en ce qui concerne la Commune du Revest. » Afin de compenser ce manque de transport, plus de 50 ouvriers sont obligés de faire 3 kilomètres à pied et par toutes intempéries, matin et soir, pour prendre le tramway La Chapelle-Toulon.


Le 1er juillet 1936, le directeur des Postes-Télégraphes et Téléphones confirme que la concession relative à l’exploitation d’un service automobile Le Revest-Toulon expire le 31 décembre 1936.


Le 6 juillet 1936, le maire du Revest lui fait une réponse de politesse ; par note manuscrite sur l e double du courrier, on peut lire « Ne rien faire, Des démarches vont être faites très prochainement par M. ZUNINO, député. »


Le 10 août 1936, le maire du Revest-les-Eaux prévient le directeur départemental des PTT d’une prochaine entrevue entre le Préfet, le député Zunino et lui-même.


Et c’est le 13 septembre 1936 que le pétitionnaire ATXER Justin intervient au nom de :


Liste des pétitionnaires

Le 12 octobre 1936 , en séance de conseil municipal, c’est la convention et le cahier des charges du 14 janvier 1924 régissant l e transport des voyageurs de Toulon au Revest qui vont servir d’argumentaire au représentant de la Commune pour critiquer « le concessionnaire chargé de cette mission de service public » et proposer une mise en concurrence afin d’obtenir le respect du cahi er des charges :


  • « Le parcours doit être réalisé en moins de 25 minutes car la vitesse moyenne est obligatoirement de 20 kilomètres à l’heure, ce qui n’est le cas,
  • Les baies doivent être garnies de stores, ce qui n’est pas le cas,
  • Des bâches imperméables doivent mettre à l’abri les bagages et messageries, ce qui n’est pas le cas,
  • Le prix du tarif applicable aux voyageurs, plus particulièrement pour le trajet La Chapelle des Moulins
    Le Revest doit être de 0,50 franc, ce qui n’est pas le cas,
  • Pour les colis , les mêmes remarques sur les tarifs non respectés sont faites. »


Le conseil municipal, à l’unanimité, autorise le Maire « de prendre toutes les mesures nécessaires pour arriver au but projeté : soit à demander à M. le Préfet l’autorisation de créer un service qui donnerait entièrement satisfaction aux desiderata de la laborieuse et intéressante population du Revest, menacée dans ses intérêts les plus immédiats. Ce service pourrait être géré par une coopérative ouvrière ou un service municipal (loi du 31 juillet 1913 et décret du 1 er octobre 1926). »


Le 14 mai 1937 , le député Zunino propose au préfet du Var une solution 2. Selon le député, « puisque M. BOUCHARD reste sourd à toutes sollicitations et la population ne peut tolérer cette inertie /.../ un servi ce de cars appartenant à notre commune pourrait être autorisé à fonctionner sur son territoire en continuation des services existants /.../ Pour éviter un stationnement à l’emplacement utilisé par l’autobus Bouchard, le nouveau stationnement serait prévu sur un terrain particulier, clos de murs, appartenant à M. LAURE, propriétaire qui le céderait gracieusement. /.../ Je soumets (aussi)) à votre à votre appréciation une entente qui pourrait être consentie entre la Commune et M. LONG, propriétaire des cars Antoine pour le prolongement du parcours de ces cars du point d’arrêt du Barrage au Village du Revest et retour par le Chemin n°46. »


Le 30 avril 1937 , le Préfet du Var annonce au député du Var M. ZUNINO qu’il intervient immédiatement auprès de l’ingénieur en chef des Ponts - et - Chaussées afin d’examiner la possibilité d’apporter une amélioration à la situation.


Le 7 décembre 1937 , M. BOUCHARD confirme son intention de vendre la ligne du Revest, et « à prix égal vous accorde la préférence /.../ Le matériel compris dans la vente, se compose de deux véhicules « Berliet » 20 CV. Type G.D.H., visibles dans notre garage et d’ailleurs connus de vous, puisqu’ils assurent le Service. Le prix total et forfaitaire, serait de 110.000 francs payables au Comptant. »


Le 23 décembre 1937 , le maire du Revest-les-Eaux répond que le conseil municipal, réuni le 22 décembre 1937, « a pris connaissance de vos propositions, les envisage sous un aspect favorable et vous prie de vouloir bien différer l’acceptation de toute proposition qui pourrait vous être faite jusqu’au 15 janvier prochain, date à laquelle nous serons en mesure de vous fixer définitivement. »


Le 19 août 1938 , le Conseil municipal reçoit M. CAMPENIO, représentant les ‘Entrepreneurs’. Lecture est faite de la lettre du Pré fet du Var proposant un nouvel horaire avec un départ toutes les heures de Toulon et du Revest. « Le Conseil municipal proteste unanimement contre cette proposition jugée insuffisante tant pour l’importante population ouvrière du Revest, que pour les touri stes qui, nombreux, viennent visiter nos contrées . »


Après une dernière intervention du maire, M. CAMPENIO accepte de faire un service avec un départ toutes les trente minutes. Alors, le Conseil municipal décide « de demander au préfet du Var d’agir de to ute son autorité auprès du Comité Technique des Transports à Draguignan à seule fin d’obtenir un service régulier d’autobus qui fonctionnerait du matin 5 heures au soir 21 heures avec départ toutes les demi - heures de Toulon et du Revest. »


Le 5 janvier 1945 , le maire du Revest - les - Eaux écrit au Groupement interprofessionnel laitier, 19 rue Picot à Toulon, afin de porter à sa connaissance que « depuis quelques jours, notre Commune est desservie par un car qui part de Toulon, allée Ouest de la place de la Liberté. » Le concessionnaire est Monsieur Brun. « Vous pouvez faire remettre à ce dernier le lait frais revenant à ma commune (61 litres) . Mme Alzias, épicière (au Revest - les - Eaux) est chargée de la distribution. »


Le 9 janvier 1945 , le maire du Revest - les - Eaux confirme par écrit à Monsieur Brun l’ entretien qu’il a eu quelques jours auparavant lors de leur première rencontre : « Vous aurez à nous transporter chaque jour le lait frais destiné aux commerçants de ma commune. Pour cela, veuillez dire à vos employés que les bidons de lait seront déposés à l’entrée de la clinique Malartic au quartier Saint - Roch où ils devront les prendre. »


Le 8 décembre 1945 : en séance plénière du conseil municipal, le maire signale des irrégularités « dans le fonctionnement du service du car ». Il arrive quelques fois que « le car ne monte pas au Revest ». « De ce fait, les ouvriers qui travaillent soit à l’arsenal, soit dans les entreprises privées de Toulon ou dans divers magasins et bureaux de cette ville se trouvent dan s l’obligation de se rendre à leur occupation à pieds. Mal chaussés, et aussi mal couverts, ces usagers se trouvent ainsi dans une pénible situation. Il en est de même pour nos ménagères qui vont se ravitailler à Toulon et pour les écoliers qui fréquentent les établissements scolaires de la grande cité voisine. » Le conseil municipal demande au sous - préfet de Toulon d’intervenir auprès des concessionnaires de la ligne.





Index |Info | Permalien | PDF