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30e Anniversaire des Amis du Vieux Revest

🚒 Incendies - Extrait de Loyse par Paul Maurel


Source : Loyse, Roman du Terroir, par Paul Maurel  - Extrait de la page 153 à la page 164 : L'incendie - Publication datée de 1937


Dans la nuit, la cloche de l'église se mit à sonner le tocsin. Les gens se levèrent rapidement et se mirent aux fenêtres pour se renseigner sur le danger qui menaçait le pays.
 
— Il y a le feu aux Baux-Rouges et aux Selves ! » disait-on. On apercevait, en effet, une lueur rouge dans la direction du Couchant.
 
Le garde-champêtre passa dans les rues et, à son de trompe, invita, au nom du maire les « hommes de bonne volonté » à se réunir sur la place Jean-Aicard.
 
Les « hommes de bonne volonté », c'était toute la population mâle, valide du petit village. En effet, le tocsin retentissait encore que tous les hommes, tous les adolescents du bourg étaient déjà rassemblés au rendez-vous fixé Les bûcherons du pays, des paysans aussi, s'étaient munis de haches. De nombreuses femmes avaient suivi leurs époux ou leurs fils pour leur faire les ultimes recommandations : « Ne t'approche pas trop du feu ! Reste toujours avec les autres ! etc. etc. »
 
La petite troupe, précédée de M. Ramel et du garde-champêtre, qui, petit et gras, avait un faux air de Sancho-Pança, contourna la maison du poète Léon Vérane, et attaqua la montée.
 
Les hommes parlaient peu, tout à leurs préoccupations ; en effet, si l'incendie venait à attaquer le pic de Matheron ou la colline au haut de laquelle se perche la chapelle de Notre-Dame du Deffends, le village pouvait être menacé.
 
En dépit de la raideur de la côte, les sauveteurs avançaient d'un pas rapide pour attaquer plus tôt l'horrible fléau.
 
Quand on fut au col de 1' « Aire de Verdari », les hommes de l'avant-garde poussèrent un cri de soulagement.
 
« Le feu est encore loin ! dirent-ils. Il n'est peut-être pas encore dans le terroir de Solliès-Ville ! En avant !»
 
Et la petite troupe, hâtant le pas, marcha dans la direction de l'ennemi. À mesure que l'on avançait, la lueur horrible augmentait d'éclat. Le fond de l'horizon ressemblait à une immense toile toute rouge, et cette lueur éclairait le chemin comme en plein jour.
 
On arriva sur le champ de bataille. Le feu, comme un habile stratège, avait lancé trois colonnes d'attaque ; l'aile droite, dans la direction du Coudon ; l'aile gauche, dans celle du Mont-Journau ; celle du centre, dans la direction des Selves.
 
L'aile droite s'avançait avec une rapidité déconcertante ; les flammes s'élevaient à une hauteur extraordinaire, puis, s'affaissant, léchaient le bois de leurs longues langues de feu ; les grands pins avaient l'air d'une troupe que la peur, l'affolement auraient immobilisée ; le feu arrivait, mordait les arbres qui, subitement, présentaient l'aspect d'immenses torches, et qui brûlaient avec d'affreux crépitements. Parfois, une pomme de pin s'échappait en tourbillonnant d'une cime, comme pour fuir le danger, et un foyer d'incendie s'allumait 50 mètres, 100 mètres plus loin.
 
L'aile gauche marchait plus lentement ; elle venait d'attaquer la Mort-de-Gautier. Au centre, l'ennemi arrivait à pas de géants, embrasant tout sur son passage. On entendait son ronflement sinistre à quelques centaines de mètres des solliésins arrêtés afin de se concentrer.
 
Et c'était un tableau d'une réelle grandeur que cette lutte de frêles créatures humaines contré un ennemi aussi puissant. Les batailles contre le feu exigent plus de courage tranquille, souvent plus d'héroïsme que les batailles entre les hommes ; et elles laissent hélas ! Quelquefois des cadavres, elles aussi, sur le terrain.
 
Le maire avait pris la direction des opérations qu'un accord tacite lui avait confiée. Les paysans des campagnes varoises sont habitués à ces batailles puisque, chaque année, soit à cause de la malveillance, soit par suite d'imprudences criminelles, le feu dévore des forêts dans les Maures, l'Estérel, les  derniers  contreforts  des Alpes, menaçant même les habitations ; et ils savent que le commandement unique s'impose pour combattre n'importe quel ennemi !
 
« L'incendie du Mont-Journau n'est pas à redouter dit le maire ; il n'y a pas d'arbres ; des brindilles seulement et quand il arrivera sur la crête de Mont-de-Gautier, qui a brûlé il n'y a pas bien longtemps, il s'arrêtera, n'ayant plus rien à dévorer.
 
« Pour le Coudon, dans la nuit, rien à faire ; et ce serait dangereux ; nous ne pourrons l'arrêter qu'au lever du jour, et nous y arriverons, si le vent veut nous favoriser.
 
« II faut, avant tout, combattre le feu qui s'avance vers les Selves ; ce sera plus facile ; et puis il y a dans toute la plaine des cabanons qu'il s'agit de préserver. »
 
On approuva la tactique préconisée par le maire, de l'avis unanime, la meilleure à employer. Le maire divisa sa petite troupe en deux fractions; il prit le commandement de l'une, et il confia l'autre à Lazare Guilas.
 
« II faut arrêter le feu au chemin, dit le maire à ses hommes. Voyez ! Le vent nous aide ; s'il ne change pas de direction, nous l'aurons en allumant des contre-feux ! »
 
Ceux des sauveteurs qui étaient munis de haches se mirent à couper les arbres, les arbustes, et à rejeter troncs et branchages au loin derrière eux ; les autres prirent des branches pourvues d'un rameau de feuilles à leur extrémité, et attendirent. Quand le sol fut débroussaillé, vidé de tout ce qui pouvait servir de pâture aux flammes :
— Aux contre-feux ! » s'écria M. Ramel.
 
On eut toutes les peines à allumer les contre-feux.
 
— C'est la fin de tout ! s'exclama le maire ; une   cigarette  presque  éteinte, une  allumette avec une mince pointe rouge suffisent à brûler des milliers d'hectares ; et voici que nous n'arrivons pas à enflammer des brindilles, si sèches cependant ! »
 
De petites flammes parurent enfin, s'élevèrent, et, poussées par le vent, coururent, en grandissant, à la rencontre de l'incendie.
 
Pendant ce temps, les hommes frappaient sans arrêt avec leurs rameaux sur les flammes qui tâchaient de se faufiler traîtreusement en arrière pour embraser la partie que l'on voulait protéger.
 
On vit, dans la forêt, à la rencontre des deux feux une flamme immense qui se tordait dans les airs, semblable à un immense fantôme désespéré. Les deux incendies évoquaient le combat mortel de deux frères ennemis sauvagement aux prises. La flamme diminua d'intensité ; les deux frères enlacés, comme s'ils s'étaient réconciliés contre l'homme qui, astucieusement, les avait poussés l'un contre l'autre cherchèrent, en commun, une issue ; mais les sauveteurs les guettaient ; tous se mirent à frapper vigoureusement en haletant, comme les paysans quand, fléau en main, ils battent le blé sur l'aire, et ils finirent par l'emporter.
 
L'ennemi était vaincu. L'être humain, en dépit de sa faiblesse, avait eu raison du génie malfaisant.
 
« Que quelques-uns d'entre vous restent pour surveiller le terrain ! dit le maire ; vous savez combien le feu est traître ; et il suffirait d'une étincelle, poussée par le vent, pour rallumer l'incendie. Allons aider les autres, car ça brûle toujours bien là-bas ! »
 
L'équipe que dirigeait Lazare Guilas était allée prendre position à la lisière du bois, devant la bastide de Grasset, une bastide nantie d'un grenier plein de foin et de paille, qui était menacée. Le feu, en effet, n'était qu'à une centaine de mètres ; on entendait son grondement terrible ; et le spectacle était impressionnant : d'un côté un adversaire, rugissant, effrayant, farouche ; de l'autre, une poignée de petits êtres aux armes primitives : haches et branches de bois ; c'était, sur un nouveau plan, le combat entre les nains et le géant.
 
« Nous n'avons pas le temps d'allumer un contre-feu ! jeta Lazare Guilas; mais ici, le bois est plus clair, nous pouvons l'arrêter ! »
 
Et, avec un courage tranquille, la petite troupe marcha à la rencontre de l'ennemi. Les deux adversaires furent bientôt face à face. Les hommes contemplèrent un instant le monstre comme pour le braver. Bientôt, ils furent pris dans un tourbillon de fumée acre, noire, que le feu lançait au devant de lui, à la façon des troupes qui s'avancent sous la protection de gaz asphyxiants. 5
 
 « En arrière ! cria Lazare Guilas. Nous devons l'avoir entre ce mur de pierres sèches et le ravin ! »
 
Et les hommes se mirent à frapper violemment, avec une colère concentrée, sur l'avant-garde ennemie. Dès qu'une touffe de genêts, de kermès, de genévriers, s'enflammait, les branches frappaient sur la flamme pour l'étouffer ; éteint ici, le feu reprenait ailleurs ; c'était une lutte atroce, qui semblait n'avoir pas de fin...
 
Les hommes suants, noirs de fumée, ne s'arrêtaient pas de frapper, sautaient, couraient à droite, à gauche, dans tous les sens. Ils apostrophaient leur sinistre adversaire :
— Ah ! Gredin, tu ne passeras pas ! »
 
Sur leur gauche, près de la muraille, l'incendie semblait enfin maîtrisé ; mais, en dépit de tous leurs efforts, il semblait gagner sur la droite. À ce moment, l'équipe du maire arrivait. Ce fut le Marengo de l'armée solliésine. Les deux troupes conjuguèrent leurs efforts, et le feu dut s'avouer vaincu. Cerné de toutes parts, il se replia sur lui-même et, sous les yeux de ses ennemis, rageusement, il acheva de brûler les pins que, dans sa course, il n’avait fait qu'effleurer.
 
— Nous t'avons eu ! », lui jeta à la face Le Baïle, un grand diable dont la chemise portait de nombreux trous causés par les escarbilles, et il se précipita à pieds joints sur les flammèches, à la façon des barbares sur leur ennemi vaincu.
 
Les sauveteurs parcoururent l'enceinte conquise par le feu pour éteindre toute braise, tout foyer d'incendie.
 
— Allez -vous reposer ! leur dit ensuite le maire. Vous en avez tous besoin ! Notre tâche n'est pas finie. Pour l'instant, le vent retient l'autre feu sur les pentes du Coudon. Ce serait folie que le combattre par une nuit aussi noire ! Dans quelques heures, l'aube apparaîtra ; et nous en aurons raison ! »
 
La troupe s'entassa dans le bastidon de Grasset, par elle sauvé. A présent, les hommes avaient froid, n'ayant plus pour se réchauffer l'ardeur de l'action et le souffle brûlant des flammes. On mit dans la vieille cheminée deux bûches énormes ; on alluma une antique lampe à pétrole ; M. Grasset, le propriétaire, alla quérir une dame-jeanne pleine de vin ; on but à la ronde ; et pendant que les uns veillaient, serrés près de l'âtre, les 6 autres, enroulés dans des draps, couchés sur la paille, ou étendus à même sur le sol, tentèrent de dormir...
 
Les étoiles commençaient à pâlir ; une lueur rose se montra du côté de la barre du Revest. Le maire poussa la porte : « Le feu est sous la batterie du Coudon. Si nous ne l'arrêtons pas ce matin, il dévorera la forêt du Jas de Guidon, s'attaquera aux Selves, et pourra aller loin, jusqu'aux Combes, à l'Alibran, peut-être. Partons ! »
 
Les hommes furent aussitôt debout. Ils trempèrent rapidement leur visage dans l'eau de la citerne, et sortirent.
 
L'incendie n'avait guère avancé ; mais, à l’est, le bois était de plus en plus touffu, et le danger était évident.
 
« Tallon ! dit M. Ramel ; puisque tu as ton auto, retourne au village chercher des vivres. Dis aux femmes qu'elles te donnent tout ce qu'elles ont dans les maisons ; apporte du pain, du vin ; passe à l'épicerie. Quand on a pareille tâche, il faut prendre des forces ; nous en avons tous besoin. »
 
Les « bousquetiers » (bûcherons), qui connaissaient tous les sentiers, passèrent les premiers ; et, en file indienne, la petite troupe repartit pour un nouveau combat : en avant, l'équipe de ceux qui étaient armés de haches, ensuite les porteurs de branches. Les haches, maniées d'une main habile, abattaient les arbres; puis, les branches, sans arrêt, frappaient sur les flammes, les assommaient, les écrasaient …
 
La tactique était simple ; il s’agissait de repousser le feu sous les rochers du Coudon où,  n’ayant plus rien à dévorer, il mourrait de sa belle mort. Mais le fléau, comme s'il eût deviné œuvre, cherchait à rompre l'étreinte qui l’enserrait. Il avait des accès effrayants de colère au cours desquels il se lançait en avant, tel un taureau dans l'arène, obligeant l'homme à reculer rapidement devant lui.
 
Mais l'homme revenait aussitôt à l'assaut. C'était une bataille où aucune trêve n'était permise, où un des adversaires devait finir par succomber. Les souffles des combattants se mêlaient, — l'haleine chaude du monstre, la respiration saccadée des humains. Mais le feu perdait du terrain ; en dépit de sa résistance acharnée, il reculait lentement, mais il reculait tout de même... Soudain, rassemblant toutes ses forces, il attaqua une partie faite de ronces, de genêts, de pins minuscules étroitement serrés, et tenta une sortie désespérée dans la direction de la Barre du Coudon.
 
Les sauveteurs se précipitèrent ; il y eut un violent corps-à-corps, dont le feu sortit vaincu.
 
Mais il luttait toujours avec une opiniâtreté égale à celle des hommes qui, la langue sèche, frappaient toujours...
 
Des voix claires se firent entendre sous eux. On entendit : « Voilà de l'eau ! »
 
Trois jeunes filles, dont Loyse, montrèrent leurs têtes à travers le feuillage. Chacune apportait une grande cruche d'eau.
— Ça ! C'est une excellente idée !» crièrent les hommes.
— C'est Loyse qui l'a eue ! jeta Fanchette, la plus jeune ; mais vous savez, ça monte pour venir jusqu'à vous !»
— C'est très bien, Loyse ! Très bien à vous toutes ! Buvez, les enfants ! » s'écria M. Ramel.
 
Les hommes burent à la « régalade », ou en se passant de l'un à l'autre l'unique verre apporté par les jeunes filles.
 
— Bois ! Marcel », dit Loyse au fils de Lazare Guilas, qui était le plus rapproché d'elle.
— Je ne veux rien de toi ! » répliqua durement le jeune homme.
 
Une larme brilla dans les yeux de Loyse :
— Et vous, monsieur Guilas, me refuserez-vous ? »
— Non ! Loyse ! Merci pour tous ! »
 
Les jeunes filles repartirent ; et les hommes reprirent la bataille, qui, à ce moment, était d'ailleurs nettement gagnée.
 
Tous, d'un même élan, se précipitèrent contre le monstre qui recula, recula sous les rochers ; ses grondements allèrent en diminuant ; enfin, il se tut. Quelques flammes léchèrent les pierres, comme si elles voulaient atteindre le sommet en s'appuyant sur elles, puis, n'ayant rien à dévorer, s'éteignirent.
 
Le feu était mort !
 
— Mes braves, je vous félicite ! leur jeta le maire. Les jeunes, surveillez le feu ; c'est un traître ; nous dînerons ici, car il faut être sur place pour le cas où l'incendie viendrait à se rallumer ! »
 On se rendit au cabanon, où Talion avait apporté une montagne de victuailles. On s'installa au gré des sympathies, Loyse entre son père et Guillaume, Marcel à côté de Lazare Guilas. Et le repas commença. On ne se pressait pas, l'après-midi étant perdue, puisqu'il fallait prolonger la surveillance, et comme tous étaient extrêmement las, ils goûtaient la félicité d'un repos bien gagné.
 
Les garçons taquinaient, les jeunes filles. Guillaume Aiguier enlaça brusquement Loyse, qui tenta vainement de se dégager. Jacques Morières se rendit compte que les traits de Marcel se crispaient de plus en plus.
— Je vais vous raconter une histoire, dit-il ; et celle-là, par extraordinaire, vous ne la connaissez pas ! Je commence. Les jeunes, écoutez donc ! »
 
Guillaume Aiguier relâcha son étreinte, et Loyse en profita pour s'éloigner de lui.





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