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Cette grande propriété revestoise est à vendre

Grands espaces
Calme et verdure
Au pied du Mont-Caume
Vue panoramique sur le village
et la vallée de Dardennes



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♖ Les AVR ont 30 ans !!!


30e Anniversaire des Amis du Vieux Revest

☚ La Résistance sous l'occupation allemande - La résistance au Revest par Dominique Moretti


C’est parce que j’ai refusĂ© de prĂ©senter les armes aux Allemands en septembre 1940 que j’ai Ă©tĂ©, par un conseil de discipline, radiĂ© des sous-marins. Je suis devenu radio Ă  bord du paquebot « AndrĂ© Lebon Â», puis radio volant Ă  bord du « Richelieu Â».


Mon oncle, M. Bonini, facteur receveur au Village, m’avait dit que Louis Camolli Ă©tait radio. C’est au retour de ma permission libĂ©rable que j’ai rencontrĂ© Louis : nous nous sommes vite compris. J’ai Ă©tĂ© dĂ©mobilisĂ© en novembre 1942 et enrĂŽlĂ© officiellement dans la RĂ©sistance dĂ©but 1943. Louis Camolli Ă©tait notre responsable de secteur. Je me suis fait embaucher Ă  la mine de bauxite pour Ă©viter le S.T.O. (Service de Travail Obligatoire).


Dans la RĂ©sistance, chacun avait son rĂŽle. Il y avait des types qui ne se sont jamais battus dans la rue : ils avaient autre chose Ă  faire. Pour ma part, je donnais des informations Ă  Louis Camolli qui les transmettait Ă  quelqu’un de la Chapelle des Moulins, quelqu’un que je ne connaissais pas. Il a fallu l’aprĂšs LibĂ©ration pour que nous nous rencontrions enfin.


La population revestoise ne nous a jamais vendus, mais trĂšs peu savaient. Personne ne connaissait personne, c’était pour notre sĂ©curitĂ©. Il ne me serait pas venu Ă  l’idĂ©e de crier sur le port de Toulon : Â« C’est moi, AimĂ© (1), je suis RĂ©sistant ! Â». Par exemple, j’ai connu l’AumĂŽnier Robineau (2) au foyer du Marin Ă  Saint Roch : je ne savais pas qu’il Ă©tait RĂ©sistant lui aussi.


Il y avait plus de 3000 personnes au Village. Il n’y avait plus un trou de libre. Tout le monde venait se cacher ici, des familles entiĂšres. Mon gosse avait six mois, je le laissais dans la mine de bauxite, dans une caisse en bois, comme le petit JĂ©sus !


Les Allemands sont entrĂ©s dans le Revest le 19 dĂ©cembre 1942, le jour de mon mariage. Le parrain de ma femme Ă©tait habillĂ© en officier. Quand nous sommes sortis de la mairie, nous avons vu les Allemands sur leurs side-cars. J’ai eu peur qu’ils nous arrĂȘtent Ă  cause de l’uniforme du parrain de ma femme. J’ai toujours craint le pire avec eux. C’est pour cela que nous n’avons pas laissĂ© de survivants lors des combats. Je n’en suis pas fier, mais on savait que l’on Ă©tait fichu s’ils nous prenaient.


Une fois, Louis Camolli m’a demandĂ© de voler de la cheddite Ă  la mine de bauxite pour faire sauter une centrale Ă©lectrique dans l’arsenal. Je suis allĂ© voir l’intendant :
« Moretti, qu’est-ce que vous voulez ? Â»,
« Il me faut des munitions Â»,
« Quelles munitions ? Â»
« Il me faut des munitions, de la cheddite, de la mĂšche et des dĂ©tonateurs Â»,
« Vous ĂȘtes fou ! On n’a pas le droit ! Â»,
« Je suis obligĂ© de vous dire qu’il n’y a pas deux solutions : ou bien j’emploie la force, ou bien vous me donnez la clĂ© et vous dites qu’on vous l’a fauchĂ©e. Â»,
« C’est pas possible, un gentil garçon comme vous qui est un terroriste (3), ce n’est pas possible ! Â»,
« Je suis gentil et je ne fais que mon devoir ! Â».
L’intendant prĂ©fĂ©ra me donner les clĂ©s. Avec ces explosifs, il y eut un « coup de pĂ©tard Â» Ă  Toulon.

Une autre fois, nous nous sommes rendus Ă  CansĂ©ri Ă  pied, guidĂ©s par un berger, pour transfĂ©rer une cache d’armes. Sur la route du retour, nous avons croisĂ© un camion allemand. Un jeune RĂ©sistant a voulu tirer, je lui ai criĂ© : Â»Attention, ne tire pas ! Â». Heureusement, car dix autres camions remplis d’Allemands et de miliciens (4) suivaient.


Souvent je pense que nous avons eu une chance inouïe de ne pas avoir été pris.


En mars 1944, Louis Camolli m’avait demandĂ© de prendre des renseignements sur l’hĂŽpital de la Ripelle. J’étais dans mon jardin, au Village, quand j’ai vu passer le gardien du chĂąteau. Nous nous connaissions, car nos enfants sont nĂ©s Ă  dix jours d’intervalle :
- « Ă‡a va ? Â»,
- « Ă‡a va ! Â»,
- « Alors, comment ça se passe au chĂąteau ? Â»,
- « Ă‡a va, il y a des officiers blessĂ©s venant du front de Russie, il y a mĂȘme un aumĂŽnier gĂ©nĂ©ral. Â».
Au fur et Ă  mesure, je prenais les informations.
« Mais il y a beaucoup d’Allemands qui les surveillent, qui prennent soin d’eux ? Â»,
« Oh, non, il y a juste quelques armes, comme ça. Â»

Á ce moment-là, sort du bureau de tabac le buraliste Monsieur Scotto qui me faisait des signes pour me faire taire.


AprĂšs le dĂ©part du gardien, M. Scotto m’explique :
« Tu parles Ă  ce salaud ! Il est venu chez moi ; quand j’ai voulu lui donner sa ration de tabac, il m’a pris deux cartouches de cigarettes et m’a dit que si je n’étais pas content, ce n’était pas deux mais cinq qu’il allait me prendre. En retournant son revers de veston, il m’a montrĂ© son macaron de milicien et a rajoutĂ© que j’allais entendre parler de lui Â».

Vers cinq heures ou six heures du soir, j’ai rendu visite Ă  Camolli : Â« Louis, j’ai les renseignements, mais le pĂšre Scotto m’a dit que celui qui me les a donnĂ©s Ă©tait un milicien. Maintenant, il faut que nous fassions attention Â».


AprĂšs avoir vĂ©rifiĂ© ces dires auprĂšs de Scotto, Camolli est descendu Ă  Toulon. Á son retour, vers neuf heures du soir, Louis m’a dit que nous devions enlever le gardien. Nous nous sommes rendus chez lui, il habitait Ă  « La Folie Â», sur la route des FaviĂšres. Nous avons pris la « 201 Â» de Laure. Nous nous sommes fait accompagner par son fils Marcel, Â« car il ne tremble pas Â» m’avait dit Louis. C’était une nuit de pleine lune. Il fallait Ă©viter de rĂ©veiller les Allemands qui Ă©taient Ă  cotĂ© de la mairie et ceux de la route du Colombier. Nous avons poussĂ© la voiture au dĂ©part du Village et n’avons mis en marche le moteur, qu’aprĂšs la carriĂšre Bonneviale, au pied du barrage. Quand nous sommes arrivĂ©s Ă  « La Folie Â», Camolli est sorti de la voiture, Marcel est restĂ© au volant prĂȘt Ă  dĂ©marrer et j’ai sautĂ© la barriĂšre d’entrĂ©e. Alors j’ai appelĂ©. Á moitiĂ© endormi, le gardien a rĂ©pondu :
« Qu’est-ce qu’il y a ? »,
« Venez vite, il faut absolument que vous soyez au chĂąteau Â».

Quand il s’est approchĂ©, je l’ai mis sur mes Ă©paules, j’ai repassĂ© la barriĂšre et je l’ai bloquĂ© dans la voiture avec une arme sur le ventre. Nous avons roulĂ© jusqu’au pied du barrage. Ça n’a pas Ă©tĂ© facile de le faire parler, mais nous l’avons menacĂ© de nous en prendre Ă  sa famille. Il a fini par nous dire qu’il n’avait parlĂ© Ă  personne de mes questions, il nous a donnĂ© les noms de cinq collaborateurs (5) deux Revestois et trois habitants de la vallĂ©e. Nous ne nous doutions absolument pas que ces deux Revestois collaboraient. Ils ont d’ailleurs Ă©tĂ© condamnĂ©s, Ă  la LibĂ©ration, Ă  des peines de prison. Il m’a dit oĂč Ă©tait cachĂ©e son arme, ce qui m’a permis d’échanger mon vieux « pĂ©tard Â» contre un superbe Lugger. Je suis heureux de dire aujourd’hui, qu’en menaçant de tuer sa famille, nous avons pu Ă©viter de le tuer. Tuer quelqu’un de sang-froid, c’est trĂšs dur. Pour sauver les siens, il prĂ©fĂ©ra quitter la rĂ©gion dĂšs le lendemain.


Nous avons souffert de la faim pendant la guerre et nous Ă©tions prĂȘts Ă  tout pour trouver Ă  manger. Georges Saumas et Graziani avaient volĂ© de la viande. C’étaient deux chevaux qui avaient Ă©tĂ© blessĂ©s Ă  la Chapelle des Moulins. Graziani qui travaillait Ă  la carriĂšre, avait des laissez-passer. Avec un Alsacien, ils sont allĂ©s rĂ©cupĂ©rer les deux chevaux dĂ©jĂ  transportĂ©s aux anciens abattoirs de Toulon, Ă  la Rode. On avait stockĂ© la viande chez Laure. Pendant la nuit, alors que nous dĂ©coupions les chevaux, les Allemands ont fait une ronde. Avec leurs lampes, ils ont Ă©clairĂ© la salle Ă  travers les vitres. Nous nous sommes vite allongĂ©s. Ils ne nous ont pas vus, mais nous avons eu trĂšs peur. Nous avons partagĂ© la viande entre tous les villageois : deux tonnes de viande !



Le jour de l’explosion de la PoudriĂšre, on a « rĂ©quisitionnĂ© Â» un car transformĂ© en camion gazogĂšne et qui se trouvait sur la place du Village. Nous avons mĂȘme utilisĂ© le chauffeur, car conduire un gazogĂšne n’était pas simple. ArrivĂ©s aux abords de la PoudriĂšre, nous avons rempli le camion  de nourriture destinĂ©e aux Allemands. Au retour, aprĂšs le croisement de la Chapelle, la PoudriĂšre a explosĂ©. Ça a « pĂ©tĂ© Â» fort. Quand nous sommes arrivĂ©s au Village, c’était la fĂȘte. On a mĂȘme pu boire du rhum ! Ça faisait une Ă©ternitĂ© que nous n’en avions pas bu !

Il y avait aussi RenĂ© Poch qui faisait les fausses cartes de pain. RenĂ© avait dĂ©sertĂ© les chantiers de jeunesse. Dans la RĂ©sistance, il Ă©tait devenu guide car il connaissait tous les chemins d’ici Ă  Signes.



La LibĂ©ration du Village :
Le 16 aoĂ»t 1944, nous avons occupĂ© la mairie qui avait Ă©tĂ© dĂ©sertĂ©e par l’équipe municipale. C’est surtout le tĂ©lĂ©phone qui nous intĂ©ressait. Il n’y en avait que deux dans toute la commune. Les Allemands Ă©taient Ă  cotĂ©, dans la campagne David.

Le 19 aoĂ»t, Louis a rejoint Siou Blanc et m’a demandĂ© de les protĂ©ger au sud. Avec mon groupe, nous avons montĂ© la garde toute la nuit entre Tourris et le pas de LuquĂ© (col des Morts).

Le 20 aoĂ»t, c’est RenĂ© Poch qui a conduit les soldats de Siou Blanc au Revest. Il est passĂ© par les gorges de MarĂ©chal et le pas de LuquĂ©. Muraciolli l’accompagnait. Louis Camolli est parti de Siou Blanc vers le Broussan. Il y avait avec lui MĂ©diani et Émile Menconi dit « La Terreur Â» : c’était un dur, un peu tĂȘte brĂ»lĂ©e.

Avec deux marins, nous avons attaquĂ© un camion allemand vers  la carriĂšre de Bonneviale. Nous sommes descendus dans la riviĂšre, et en remontant, on a tuĂ© les trois occupants. Nous avons rĂ©cupĂ©rĂ© un camion plein d’armes.

Nous avons attaquĂ© les Allemands du Colombier. Ils surveillaient les routes de la Valette et de Toulon. Ils ne s’attendaient pas Ă  l’arrivĂ©e du 3Ăšme R.T.A. par le nord. Les onze Allemands ont Ă©tĂ© tuĂ©s.


- (1) Moretti a pour prĂ©nom officiel Dominique, mais au Revest, tout le monde l’appelle AimĂ©.
- (2) NĂ© le 24 octobre 1890 Ă  Thouars (Deux-SĂšvres), l'abbĂ© AndrĂ© Robineau Ă©tait pendant la guerre directeur du foyer du marin Ă  Toulon. Sous le pseudonyme de Robinson, il appartenait Ă  l'ArmĂ©e SecrĂšte, organisant le dĂ©part des rĂ©fractaires au STO vers les maquis. ArrĂȘtĂ© Ă  Nice par la Gestapo, l'abbĂ© Robineau sera fusillĂ© dans cette ville le 15 aoĂ»t 1944.
- (3) Sous le gouvernement de Vichy, les RĂ©sistants Ă©taient appelĂ©s « Terroristes Â».
- (4) Les miliciens étaient des Français qui avaient choisi de se battre avec les Allemands, contre les Français.

- (5) Un collaborateur était celui qui donnait des renseignements aux Allemands, contre les Français Résistants.


Sources : Entretien avec Claude Chesnaud, bulletin n°21 des Amis du Vieux Revest, aoĂ»t 1995.


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