☨ La Résistance sous l'occupation allemande - L’historique du maquis de Siou-Blanc, discours de Dominique Moretti


En août 1944, dans cette forêt où se confrontent neuf communes, Signes, Méounes,Belgentier, Solliès-Toucas, Sollies-Ville, Le Revest Les Eaux, Evenos, Le Beausset, Le Castellet, s’est produit un drame.


Nous nous retrouvons, aujourd’hui, pour commémorer ce 6 juin 1944. C’est sur cette terre de Provence, dans ce site merveilleux et pourtant très proche de Toulon et où se trouvaient des forces d’occupation, que les responsables des Forces Françaises de l’Intérieur  de Toulon et de ses environs avaient choisi, pour regrouper des hommes qui n’acceptaient pas la défaite et qui avaient fait le serment de se battre contre l’envahisseur.


La formation de ce maquis au nord de Toulon fut mis au point par les membres du Comité clandestin de la Libération Nationale dirigé par M. Amigas dit Deloncle, chef départemental, qui était assisté par l’enseigne de vaisseau de la Ménardière dit Sampan, venu d’Alger, par le capitaine d’infanterie coloniale Salvatori dit Savary et des chefs de la Résistance Varoise, M. Franck Arnal, président départemental de la Résistance, le docteur Lagier Picoche dit Patenotre.


Effectivement le 6 juin 1944, par l’appel de France Libre, pour la reprise des combats, le monde sceptique, puis étonné et anxieux, apprenait que des forces alliés considérables prenaient pied sur la terre de France sur les côtes normandes.


Pour nous, l’espoir d’un débarquement imminent sur les côtes de Provence s’affirmait.


Quoiqu’il en soit, l’heure de l’action ouverte contre l’ennemi était venue. Notre chef Deloncle ordonna à ses troupes de rallier le maquis. Je me souviens encore pour notre groupe, le mot de passe était : « le breton ».


La ferme de Siou Blanc, haut lieu de la Résistance


C’est ainsi qu’en ce lointain 6 juin 1944, les partisans, souvent le ventre creux et mal chaussés, commencèrent à goûter sous la voûte des étoiles, l’attente angoissée des combats.


L’organisation

Plus de 400 hommes formaient 4 groupes, rattachés chacun à un point d’eau. Ici le groupe de la citerne du gouvernement qui était commandée par Thoubert, secondé par Camolli. Plus loin le groupe de la citerne neuve, celui de Valbelle et à l’ouest celui de Siou Blanc, commandé par Pascouet. Le commandement du P.C. était assuré par le commandant Savary, assisté des adjoints civils et militaires Lebras, Tramoni et Vadenberg.

Les moyens en armement

200 armes individuelles et munitions,
6 fusils mitrailleurs,
15 mitraillettes Sten,
2 mitrailleuses lourdes Hostkich.

Les vivres et médicaments

Ils étaient stockés à l’Abbaye de Montrieux et au camp de Chibron, placés sous l’autorité des docteurs Lagier et Seyes.

Les moyens humains

Chaque jour, de nouveaux arrivés grossissaient nos rangs, mais, étaient-ils des vrais ou faux partisans ? Certains étaient seulement de  passage et déclaraient vouloir rejoindre les maquis du Haut Var d’où quelquefois, le doute.

Nous étions des anonymes, à part quelques groupes comme celui du Revest qui était organisé depuis longtemps et dans lequel nous nous connaissions, à part quelques déserteurs de l’armée italienne qui se sont joints à nous. Ayant à notre tête notre chef Louis Camolli, dont j’étais l’adjoint, nous étions cachés dans les rochers qui nous entourent. Notre maquis assurait le contrôle des axes routiers Toulon / Le Camp et Solliès / Brignoles que l’ennemi empruntait fréquemment pour se rendre à Marseille. Le groupe Revest était chargé de récupérer les armes sur le plateau de Signes et chez Maunier qui a été arrêté par la suite.


Du côté ouest, le groupe Bianconi, de la citerne neuve, récupérait les armes stockées par Picoche, Arnal, Deloncle et Savary.

Malgré notre volonté de combattre, notre rêve de victoire allait s’envoler rapidement. Quatre jours après notre arrivée, alors que nous avions pris possession de tout le plateau, organisé notre plan d’attaque, nous avons commencé à voir des survols d’avions légers ennemis. Les ordres étaient surtout de ne pas se faire repérer. Les Allemands mis au courant de l’investissement du plateau, lancèrent leur offensive par le côté sud et par Tourris, voulant nous isoler de Toulon. Des sections allemandes bien entraînées attaquèrent notre premier avant poste de Roeboeuf sur la commune d’Evenos. Après une lutte acharnée, nos jeunes combattants blessés furent pris et fusillés à la Rouvière, commune du Castelet. Deux jeunes scouts éclaireurs de France qui assuraient la liaison furent massacrés à l’aube du 12 juin.


Devant l’inégalité des forces et aussi devant l’inexpérience de nos jeunes combattants, notre dirigeant Amigas dit Deloncle ordonna le décrochement et le repli individuel avec armes pour la reprise du combat clandestin.


Notre action n’a pas été vaine puisque les Allemands se sentant pourchassés, les actes de sabotage s’intensifiant, gardèrent dans notre région le maximum d’effectif. Cette opération les obligea à demeurer sur place, facilitant ainsi l’avance des troupes alliées en direction de Paris.


Que peut-on retenir de cette époque tragique ?


Hélas ! Le sort cruel qui devait frapper dix des nôtres, ceux que nous aimions le plus, parce que sans doute ils étaient les plus jeunes, les plus enthousiastes et les plus téméraires. Pour les autres, pendant deux mois, la crainte et la peur d’être dénoncés et pourchassés car notre clandestinité avait été dévoilée. Par contre, un point positif : la récupération des armes pour nous battre au cours de la Libération de Toulon.


Á nos Camarades, nous avons voulu dans cette clairière élever cette stèle du souvenir. La pierre qui garde les noms où la trace arrête le passant et ramène le pèlerin. Je m’incline devant vous, devant vos familles, devant tous ceux qui se souviennent et qui vous honorent et je fais comme chaque année le serment solennel d’être fidèle à votre pensée :


Vous    Abraini Pierre        Carpe Jean        Delage Georges   

Levine Jacques        Guerrini Jacques    Fiet Jean

Giannoli Pierre        Louis Roger        Serguetti Roger


Et toi l’Inconnu du maquis qui est venu mourir sur notre terre provençale, qui étais-tu ? D’où venais-tu ?


Au nom de mes camarades du maquis de Siou Blanc / Valbelle, je vous remercie tous, Mesdames et Messieurs, de votre présence qui marque le souvenir et prolonge, malgré les années, la leçon qui se dégage du sacrifice de nos martyrs et de leur foi, dans la destinée de la Patrie.


Pour nos Camarades de combat, pour ceux de notre maquis qui ont disparu au cours de ces dernières années, je vous demande de bien vouloir observer une minute de silence.


Sources : discours de Dominique Moretti, Bulletin des Amis du Vieux Revest n°20 d’août 1994




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