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Cette grande propriété revestoise est à vendre

Grands espaces
Calme et verdure
Au pied du Mont-Caume
Vue panoramique sur le village
et la vallée de Dardennes



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♖ Les AVR ont 30 ans !!!


30e Anniversaire des Amis du Vieux Revest

🚒 Incendies - Le terrible incendie d’août 1906 au mont Caume


Recherche effectuée par Armand Lacroix


Notre ami A. Lacroix est allé consulter le « Petit Var » des 23, 24, 25 et 26 août 1906 pour connaître le déroulement du terrible incendie qui coûta la vie à trois soldats du IIIème régiment de ligne. Nous avons pensé que le moment était venu de vous livrer les extraits les plus intéressants des articles parus sur le sujet alors que la Mairie du Revest vient de donner un coup de jeunesse au monument commémoratif de la place du général Leclerc en y faisant inscrire les noms des pompiers du département du Var morts au feu (voir Bulletin communal de décembre 1987). 

Dans les Bulletins n°7, 9 et 11 des Amis du Vieux Revest, nous avons publié  cette enquête sur l’incendie d’août 1906.

C’est notre façon, tout en faisant de l’histoire, d’appeler l’attention sur la gravité de ces sinistres et de contribuer à la nécessaire prévention en la matière.


Forêts en feu – Incendie au mont Caume

« Les incendies continuent à ravager les bois de nos contrées. Hier encore, un feu a éclaté dans ceux du mont Caume, entre les Pomets et le
Revest. La sécheresse, les herbes et les broussailles facilitaient comme on le pense bien l’entretien du fléau.

De plusieurs points de la ville on pouvait voir un immense nuage de fumée planer au-dessus de la montagne. Des fortifications de la Porte de France et du Pont du Las, on apercevait même le soir quelques flammes. Les premiers secours ont été fournis par les habitants du Revest, du Broussan et des Dardennes. Le service de la place a envoyé sur les lieux du sinistre un détachement de 100 hommes du IIIème régiment de ligne sous le commandement du capitaine Granet.
L’incendie a diminué d’intensité vers 9 heures du soir et à l’heure où paraîtront ces lignes, le feu sera certainement éteint. »


L’incendie du mont Caume
Trois soldats morts dans les flammes

« Dans notre numéro d’hier nous avons annoncé que le feu avait éclaté sur les pentes du mont Caume /…/
Nous croyions, avec tout le monde, qu’il suffirait d’une nuit d’effort et de bonne volonté pour qu’on se rendit tout à fait maître du feu. Nos prévisions optimistes ne se sont pas réalisées, le feu redouble d’ardeur, ravage pins, chênes et broussailles. Tout cela ne serait rien si nous n’avions à déplorer la mort de trois malheureux soldats du IIIème de ligne /…/ »


1ère journée :
les causes de l’incendie

« Mercredi 22 août 1906
Des ouvriers peintres gravissent la route tortueuse et montante qui aboutit au fort du mont Caume. Ils causaient, riaient et fumaient. Il était à peu prés midi trente, le garde d’artillerie du fort avec sa jumelle suivait la marche des ouvriers. Tout à coup, derrière eux, il vit une  épaisse fumée qui montait vers le ciel puis des flammes. Dés que les ouvriers arrivèrent au fort, le garde leur reprocha de ne pas s’être retournés pour s’occuper du feu qui probablement venait d’être communiqué aux broussailles par les étincelles d’une cigarette.

Les peintres protestèrent et une discussion assez orageuse s’ensuivit Entre temps, le garde forestier Perrin, 1er garde des bois d’Orvès appartenant à M. d’Estienne, M. Giraud et les fermiers de la propriété Tardy donnèrent l’alarme. De dévoués citoyens du Revest, du Broussan et des Pomets arrivèrent sur les lieux tandis que la place de Toulon faisait partir à cinq heures du soir deux compagnies du IIIème avec pelles et pioches, la capote en bandoulière.


Les courageux soldats arrivèrent exténués sur les pentes du mont Caume et commencèrent avec leurs faibles moyens d’attaquer le foyer. Le feu qui avait pris exactement au Jas de Suzanne, à droite des Pomets et du col du « Corps de Garde », se lançait avec rage à travers la colline tout au long du Caume allant des Pomets au Revest, avec des velléités d’attaquer la magnifique vallée de Dardennes.


Successivement les bois de Mme veuve Fillon, de M. Raynaud sont la proie des flammes. Le feu gagne les « Grands Puits », « le Saint Sacrement », « Les Pennes », terrains boisés avec des pins et quelques chênes.


La nuit fut très dure pour nos pauvres troupiers impuissants à combattre le foyer dévastateur. Le terrain très rocailleux, accidenté et
irrégulier empêchait de construire une longue et large tranchée qui aurait suffi à circonscrire le feu. Après beaucoup de peines et
d’efforts, il semblait pourtant être maîtrisé vers 6 heurs du matin. »


2ème journée : Le feu reprend

« Nos soldats exténués, les mains et la figure noircies, n’eurent pas de café pour les réconforter un peu et ils restèrent jusqu’à 11 heures du matin sans rien prendre. Voilà que vers midi trente un nouvel incendie se déclare dans le bois de M. Tardy. Les mêmes hommes, quoique  vannés, reviennent au feu qui avec une rapidité inouïe gagne de plus en plus de terrain. Nos soldats sont obligés de prendre le pas de gymnastique tant le feu semble les poursuivre. De nombreux troupiers sont blessés dans cette galopade furibonde dans le dédale sylvestre.


Et il y a des morts …

Les tourbillons épais de flammes entourent quelques retardataires et leur coupent toute retraite. Les soldats Rougon, originaire de la Seyne, Davayat du Puy de Dôme et Gabriel de Gémenos, tous trois de la 3ème compagnie commandée par le capitaine Michel, sont surpris et bloqués par une épaisse fumée qui les asphyxie et les fait choir au bord de l’intense brasier qui commence à les carboniser. /…/ Ils sont morts victimes du devoir. Dès que la caserne Gouvion St Cyr est prévenue, le colonel Colle et le lieutenant colonel Villiers du IIIème de ligne ainsi que deux médecins majors se rendent sur les lieux.


Les renforts arrivent

Ce n’est qu’à 6 heures du soir que les hommes de la 3ème et 4ème compagnie voient arriver les renforts. Deux compagnies du 4ème  d’infanterie coloniale avec leur chef le commandant Noguès arrivent aux Pomets sac au dos /…/ Puis un détachement du IIIème commandé  par le capitaine Michel pour relever le premier piquet. L’incendie prend des proportions fantastiques. Les militaires ont le front alourdi par de sombres préoccupations.


À Toulon, on croit la vallée de Dardennes en flammes !

De nombreux curieux stationnaient au rond point du jardin de la ville, au bas de l’avenue Colbert et de la rue Truguet pour regarder les flocons opaques couronnant le sommet du Faron. Il semblait que toute la vallée était en flammes du Revest à Tourris. Peu à peu, à travers la ville, on parle de morts et de blessés.


Vers le Revest, « dans le gris violacé
et profond d’un ciel d’août » …

/…/ Sous le vaste porche de l’hôpital maritime, une dizaine de médecins et d’étudiants sont là et cette présence insolite nous confirme qu’il y a tout au moins des blessés et nous nous dirigeons en hâte vers le Revest.

Il est 8h ½ dans le gris violacé et profond d’un ciel d’août  piqueté de mille et mille étoiles, la silhouette du mont Caume se confondrait si un large ruban de flammes fauves ne le ceinturait à mi-flanc … Des centaines de points lumineux piquent cette masse noire, troncs d’arbres embrasés qui achèvent de brûler.


Nous filons au grand trot : Saint Roch … Les Moulins … Dardennes. Après la Chapelle, la route devient plus montueuse et la fumée  obscurcit l’air. Une atmosphère brûlante nous enveloppe et les chevaux refusent d’avancer. Enfin le Revest !

Sur la place, devant le « château », c’est un fourmillement de monde, des femmes et des jeunes filles surtout ; les hommes sont tous au feu et notre arrivée produit quelque émotion.


Le témoignage de M. Hermitte Joseph,
Maire du Revest

« Hier, nous dit M. Hermitte, l’incendie avait dévoré tout le côté Sud du mont Caume … Ce matin nous le considérions comme éteint.  Soudain, vers onze heures, il reprit d’une violence inouïe. Comment s’est-on laissé déborder par les flammes ? Je ne me l’explique pas. Elles s’avancèrent en cas vers le Revest là où les arbres étaient rares, dans cette partie de Caume ravagée il y a dix ans par un semblable sinistre.

Le vallon des Charlois, le quartier de Chambéry furent dévastés. Des sautes fréquentes de brise changeaient le cours du feu. Il en vint à
150 mètres des maisons du Revest, passa au pied du vieux pigeonnier médiéval, ravagea le quartier des Arrosants et remonta au Nord. Cependant, continue M. Hermitte, j’étais monté vers le Malvallon et avais emmené avec moi un cheval portant de l’eau et des vivres pour les sauveteurs, mais je dus lui faire Zebrousser chemin car les flammes barraient la route. Je continuais seul. Il était environ trois heures lorsque je rencontrai mon neveu. Il me raconta que se trouvant en plein incendie à 1500 mètres du fort, il s’était rencontré avec une escouade qui luttait contre les flammes, une soudaine saute de vent les enveloppa dans un tourbillon de fumée et de feu. Il cria au sergent de se garer et s’élança lui-même du côté qui venait d’être ravagé. Le sous officier et ses hommes firent le contraire mais ils ne durent pas aller bien loin et périrent sans doute asphyxiés. À cette nouvelle, je hâtai le pas autant que me le permettaient mes vieilles jambes et je rencontrai le commandant. Je lui dis que j’étais le maire et que je me tenais à sa disposition pour les secours aux blessés. /…/


Je redescendis alors au Revest. Toute notre population et toutes les forces militaires étaient concentrées alors au Nord-Ouest du village dans un endroit appelé « Le Creux ». C’est une sorte de ravin pierreux qui descend du plateau jusqu’à la route de Fierraquet qui monte vers les fermes de Robuou et d’Orvès. Là, on a pratiqué une tranchée, abattu des arbres et allumé un contreincendie. Si nous réussissons à  arrêter le feu à cet endroit, c’est bien. Dans le cas contraire, il gagnera au Nord-Ouest La Fouan de Martin et Robuou et au Sud-est Fierraquet, Maison Blanche et peut-être les Olivières et Tourris. Ce serait un véritable désastre !


Tel est le récit que nous fait M. Le Maire et il ajoute que vers 8h ½ , M. Reyss, Sous-préfet de Toulon, et son secrétaire M. Maure sont arrivés au Revest. Ne pouvant, en raison de son grand âge, les accompagner, il leur a trouvé un guide sûr pour se rendre au « Creux », véritable voyage de près d’une heure dans l’obscurité par des routes escarpées où les cailloux roulent sous les pieds. Et comme nous
demandons à M. le Maire si de nouvelles troupes arrivent :
- Non, dit-il, si on m’envoie des soldats, je les ferais retourner. Je ne veux pas que l’on expose encore des existences pour sauver des arbres ! »

3ème journée : sur les lieux du sinistre, les dernières lueurs

Après une longue nuit d’angoisse et de lutte, nuit qui vit des soldats et des bûcherons disputer pied à pied au sinistre le sol qu’il ravageait, le soleil s’est enfin levé, un radieux et chaud soleil d’août qui jetait sa gaieté et son éclat sur les monts et vallées. Dès les premières lueurs de l’aube, la ceinture de flammes qui brasillait au flanc du mont Caume avait pâli, du « Corps de garde » au Revest et les pentes dénudées de la montagne, semblaient, sous les cendres et les troncs calcinés, avoir pris le deuil de ceux que l’impitoyable fléau avait couchés, hagards, convulsés, sous le terrible et mortel baiser des flammes.


Mais vers le nord-est du Caume, l’incendie s’avançait toujours. Il était 2h30 du matin lorsque là-haut, au « Creux », nous avions laissé, la hache au poing, la poignée de braves que conduisait la garde Meiffret, tenter d’arrêter le feu. Depuis les flammes avaient continué leur œuvre, franchi le ravin et elles étaient arrivées au Col des Morts, « les Mouarts », qui joint le Caume à la vaste et aride plaine des Amandes. Le vent, qui soufflait pourtant faiblement de l’est, devenait une terrible menace pour les forêts de Rebuou et d’Orvès. Le danger était grand.


Les habitants du Broussan, guidés par le garde forestier M. Pailhan, le garde champêtre Louis Giraud et l’adjoint Hermitte, comprirent que tout dépendait d’eux. Ils se mirent bravement à l’œuvre et, utilisant le large couloir de pierrailles qui descend des Baux à la Fouan de  Martin, un peu à l’ouest de la grotte de l’homme fer, ils ouvrirent sur 200 mètres de long une large tranchée. Puis, au mieux, ils attendirent.
Les gens du Revest veillaient de leur côté. Deux fois, Marius Isnard monta vers la Fouan, puis le moment paru favorable et on alluma le contrefeu. Ce fut décisif.
Les flammes s’avançaient avec rapidité, tordant les pins comme fétus de paille, l’incendie semblait redoubler de violence, puis  soudainement, le contre-feu fit son œuvre et tout s’éteignit. C’était fini.

Il était quatre heures de l’après-midi (vendredi 24 août). Fantassins, marsouins et marins respirèrent. Le commandant Nogues, de l’infanterie coloniale, venait de choir de son cheval dans une sente escarpée et s’était blessé à la jambe.


Au Revest, le drapeau est en berne
et les soldats font la popote


Dans la petite ville à l’accoutumée si calme, on avait peu ou pas dormi. Les hommes au feu, les femmes avaient veillé, espérant le retour et suivant de loin la marche du fléau. À l’aube, on fut tôt debout. Le maire, le sympathique M. Meiffret, fit mettre en berne le drapeau de la  maison commune et se rendit de nouveaux sur les lieux.


Durant la matinée, arrivèrent successivement M. Reyss, sous-préfet, M. Maure, son secrétaire et M. Charlois, conseiller général, ainsi que des curieux et des photographes. De l’aire avoisinant le château, on suivait la marche du feu. La journée se passa ainsi. À six heures du soir, nous revoici au Revest. Sur la place et tout à l’entour, les soldats font la popote. Dans le château, le bar restaurant de M. Laure est pris  d’assaut et ses tables sont bien vite occupées.


M. le commandant Nogues, la jambe reposant sur une chaise, le pied déchaussé, écrit en hâte quelques notes et expédie un cycliste pour  demander à être relevé.


Le Revest, pour sa seule part,
a perdu 400 hectares de forêts


Avec le garde Meiffret, nous retrouvons, se reposant de leurs fatigues, les yeux battus, les mains noires, les traits tirés, les vaillants de la
nuit dernière : Marius Pomet, Marius et Cyrille Isnard, Louis Joseph, Célestin et Toussaint Hermitte, Marius Sauvaire … et nous nous  entretenons des dégâts causés par le feu.

De mémoire d’homme, dit le garde Meiffret, on n’avait pas vu pareil incendie. Les Arrosants ont peu souffert. Il y a quelques oliviers brûlés particulièrement à Malvallon et à Parinestre. Aux Pennes, M. Joseph Meiffret, conseiller  municipal, a perdu pour un millier de francs de bois facturés et de fagots. La liste des propriétaires sinistrés est très longue. Les dégâts  apporteront de la gêne dans de nombreuses familles et causeront la ruine complète de certains qui ont perdu leurs récoltes, leurs oliviers,  leurs vignes et leurs fruitiers dévorés par les flammes.

Préoccupés par cette fâcheuse situation, le maire du Revest est résolu à demander aux pouvoirs publics d’y remédier dans la mesure du possible et le citoyen Charlois, conseiller général, a promis tout son concours d’humanité.


Les circonstances du drame


L’enquête effectuée par les journalistes a permis d’aboutir aux conclusions suivantes sur les causes de la mort des trois soldats. Ces hommes
étaient placés par groupes de 4 à 5 à 150 mètres d’éloignement, le long du rideau produit par les flammes, pour essayer d’enrayer leur  action dévastatrice. Un deuxième cordon de troupes était placé à quelques centaines de mètres en arrière pour faire des tranchées, abattre  des pins pour arrêter le feu, lorsqu’il atteindrait cette partie.


À la suite de raisons que l’on ignore encore, l’ordre fut donné à ce deuxième cordon de faire un contre-feu sans prévenir le premier cordon.  Cette manœuvre fut exécutée, mais ceux qui avaient donné l’ordre n’avaient pas songé à la force du vent qui, en quelques instants, embrasa tous les arbres dans un rayon d’une centaine de mètres.

Le premier cordon de soldats se trouva ainsi pris entre les deux incendies. Ce fut  alors une panique générale. À l’endroit le plus embrasé se trouvaient les soldats Davayat, Rougon, Gabriel, Creste et le sergent Salvigni. Ces hommes, comprenant que leur vie était en danger, se sauvèrent à toutes jambes.

Abandonnant pelles, pioches et haches, ils firent tous  les cinq environ 200 mètres en suivant le vallon pour aller rejoindre la route. Cette course à travers la fumée et à quelques mètres des  flammes dura plusieurs minutes. Les fugitifs rencontrèrent alors le caporal Kieffer qui se sauvait également. Ils firent route ensemble pendant un court instant.

C’est alors que Davayat, épuisé, à bout de forces, suffoqué par l’âcre odeur qui se dégageait, s’affaissa. Le caporal  Kieffer s’élança sur lui, le saisit à bras le corps et l’emporta quelques instants. Mais il est obligé de l’abandonner. Plus loin, Gabriel  et Rougon se séparèrent de leurs collègues plus alertes. Ces derniers les appelèrent plusieurs fois, mais ne recevant plus de réponse et sur  le point d’être enveloppés par les flammes, ils continuèrent leur fuite, quasi asphyxiés.

À une trentaine de mètres de la route, Davayat  s’embroncha et tomba, les flammes l’enveloppèrent rapidement et il fallut perdre tout espoir de le sauver.

À un mètre de la route, Creste s’affaissa également. Fort heureusement pour lui, sur le chemin se trouvait un artilleur qui était descendu du fort pour porter de l’eau à ses  camarades et qui avait été le témoin de sa chute : il était sauvé.


Pose d’une pierre commémorative


M. Durand, adjoint, propose  d’ériger au Mont-Caume une pierre tumulaire à l’endroit même où ont péri, victime du feu, les malheureux soldats commandés pour combattre l’incendie.
Cette pierre en forme de pyramide tronquée portera l’inscription :

Le Revest
À la mémoire de
Rougon, Davayat et Gabriel
du 111e de ligne
victimes de l’incendie du Mont-Caume
(23 août 1906)


Les frais qu’occasionnerait l’érection de ce monument commémoratif seraient pris pour une souscription publique et par la Commune. Le Conseil approuve cette proposition à l’unanimité et décide d’ouvrir des listes de souscription.

Inauguration

du monument élevé sur la place du Mt. Caume à la mémoire des soldats morts dans l’incendie du Mont-Caume du 23 août 1906

L’an 1907, le 25 août à deux heures du soir, a eu lieu au Revest l’inauguration du monument élevé par souscriptions publiques, à la mémoire des soldats du 111ème régiment de ligne Rougon, Davayat et Gabriel, mort dans l’incendie du Mt. Caume du 23 août 1906.

Assistaient à la cérémonie :
Le Conseil municipal du Revest, au complet,
Le Comité d’érection composé de M.M. Meiffret Pierre-Marie, président d’honneur, Hermitte Séverin, conseiller municipal, président, Chaix Eugène, ouvrier du port, trésorier, Artigue Antoine, cultivateur, secrétaire ; Fillol secrétaire de la Mairie, Meiffret François, garde champêtre, Isnard Cyrille, appariteur.
Un piquet du 111ème de ligne, sous les ordres du commandant Fabre ;
M. Ferrero, député de la première circonscription de Toulon.
M. M. Charlois, conseiller général et Mounin, conseiller d’arrondissement du 4ème canton de Toulon.
M. Segon, maire de la Valette et son adjoint.
M. Champagne, délégué de la municipalité de Toulon.
M. Fabre, délégué de la Seyne.
M. Hermitte, adjoint spécial du Broussan, commune d’Evenos.
Les représentants de la presse locale, etc …
Le cortège formé à 2 heures à la Mairie s’est rendu sur la place où s’élève le monument et dans laquelle une foule considérable s’était massée.
Au milieu du plus profond silence et d’une voix émue, M. Meiffret Pierre, maire du Revest a prononcé l’allocution suivante :

« Citoyens, Citoyennes,

Un an s’est écoulé depuis le jour où un incendie de sinistre mémoire dévorait les pentes boisés du Mont-Caume, faisant trois malheureuses victimes parmi les troupes commandées pour arrêter le terrible fléau.
Rougon, Davayat, Gabriel, du 111ème de ligne, périssaient dans les flammes sous les yeux de leurs camarades impuissants et consternés.
Une pareille mort ne pouvait tomber dans l’oubli.
Le Conseil municipal du Revest, animé d’un sentiment de pitié et de regret à l’égard de ces enfants infortunés a voulu léguer à la postérité l’exemple de leur dévouement. Il a pris l’initiative louable d’élever en leur mémoire une pierre commémorative. C’est ce souvenir pieux que nous inaugurons aujourd’hui, anniversaire de l’épouvantable catastrophe.
Ce modeste monument que le Revest dédie à la mémoire de Rougon, Davayat, Gabriel est l’œuvre de la reconnaissance publique et restera le souvenir vivant du noble sacrifice de ces victimes du devoir.
Au nom du Conseil municipal j’adresse aux généreux souscripteurs qui, par leurs dons, ont contribué à l’érection du monument, aux membres du Comité et aux ouvriers, dont l’activité et le labeur ont permis de mener à bonne fin cette œuvre de souvenir, mes plus chaleureux remerciements.
J’adresse également l’expression de ma vive reconnaissance à notre sympathique député, à M.M. les Maires, mes collègues, aux officiers et soldats du 111ème ligne, à tous les citoyens qui, par leur présence, ont tenu à rehausser l’éclat de la cérémonie d’aujourd’hui.

Et maintenant, citoyens et habitants du Revest, cette pierre, je la place sous votre sauvegarde, je vous la confie, persuadé d’avance qu’elle sera pour vous un objet de vénération et de respect et que vous veillerez sur elle avec un soin jaloux. »



Ont ensuite pris la parole :
M.M. le commandant Fabre au nom du 111ème de ligne, Ferrero, député, au nom de la première circonscription de Toulon,
Champagne, au nom de la ville de Toulon,
Fabre, au nom de la ville de la Seyne (mentionnons ici que la Seyne a offert une magnifique couronne d’immortelles qui a été déposée au pied du monument.),
Chaix, au nom du Comité d’érection.

Les discours prononcés, le cortège s’est rendu sur la place Meiffret où un vin d’honneur a été offert aux invités.
La foule profondément émotionnée de cette touchante manifestation se retire avec calme et recueillement.
La cérémonie prend fin à 4 heures.

Le Maire
Meiffret
________________________

M. le Président (du comité d’érection) s’exprime ainsi (devant le conseil municipal revestois) :

Messieurs,

Lors de votre dernière réunion, le 6 septembre dernier (1906), le regretté collègue Agarra fit au Conseil une proposition qui tendait à demander à M. le Ministre de l’Intérieur une médaille d’honneur en faveur du garde-champêtre Meiffret de notre commune et du brigadier forestier Peyran de Toulon en récompense des services signalés que ces agents avaient rendus pendant l’incendie du Mont Caume (23, 24 et 25 août) qui coûta la vie à trois malheureux soldats.
À l’unanimité cette proposition fut prise en considération et un dossier fut formé en vue de donner suite à votre décision.
M. l’inspecteur des forêts n’ayant pas donné un avis favorable en ce qui concerne Peyran, nous n’avons pas cru devoir poursuivre pour ce fonctionnaire la réalisation de votre vœu.
Mais il ne doit pas en être de même pour le garde Meiffret sur le compte de qui l’administration des forêts n’a pas donné son avis.
Vous avez, comme moi, tous été témoins de l’activité et du zèle qu’à déployé notre garde champêtre. Une telle conduite, en des circonstances aussi périlleuses et aussi pénibles, mérite une juste récompense.
C’est pourquoi je viens vous prier de renouveler la demande que vous fîtes en septembre.


A la suite de cet exposé, le conseil municipal est d’avis qu’une récompense soit accordée au garde Meiffret et à cet effet, il sollicité de M. le Ministre de l’Intérieur une médaille d’honneur en sa faveur.


Récompense au garde-champêtre Meiffret


Clémenceau écrit au garde-champêtre Meiffret

République Française                Paris le 19 janvier 1907
Ministère de l’Intérieur

Monsieur,

Le Préfet du Var m’a signalé le dévouement dont vous avez fait preuve le 23 août 1906 en combattant un incendie de forêt.
Je me félicite de vous adresser, au nom du Président de la République, un éloge mérité et qui sont mentionné au Journal Officiel.
Recevez Monsieur l’assurance de ma considération distinguée.

Le Ministre de l’Intérieur
Clémenceau



L’incendie du mont Caume

Toulon fait aux victimes du devoir d’imposantes funérailles
Encore quelques intéressants détails de ci, de là

Les obsèques

Il est sept heures et demie. Dans la rue Nationale, à l’accoutumée si calme aux heures matinales, c’est un piétinement moutonnier de foules, où passe par instants le rythme de pas militaires. Aux abords de l’hôpital maritime le mouvement est considérable ; des officiers de tous grades et de toutes armes, des délégations arrivent ; des couronnes passent, dont on cherche curieusement à lire les inscriptions.
Dans la cour de l’hôpital ; généraux, amiraux, fonctionnaires et officiers sont groupés et l’épouvantable tragédie, dont cette lugubre cérémonie sera le dernier acte, fait l’objet de toutes les conversations.
Les deux cercueils, recouverts d’un pavillon tricolore, sont déposés dans la chapelle ; les officiers du 111ème et les couronnes occupent la dernière cour.
À huit heures très précises a lieu la levée des corps et le cortège se forme puis se met en marche dans l’ordre suivant :
La 3ème compagnie du 111ème d’infanterie forme en tête le piquet d’honneur, commandé par M. le capitaine Michel, elle est suivie des hommes –sans armes- de la 4ème compagnie. Toutes deux ont été au feu durant la tragique journée du 23. Puis viennent deux poêles, l’un tenu par quatre soldats du 111e ; l’autre par un soldat colonial, deux artilleurs du 17e bataillon et du 3e régiment et un marin.
Les couronnes portées à bras sont au nombre de vingt-cinq, plus une gerbe de fleurs fraîches envoyées par la musique du 111e. Voici  la liste des couronnes :
Les sous-officiers et soldats du 4e colonial,
Le général et les officiers de la 4e brigade coloniale,
Le 3e d’artillerie coloniale,
Le personnel des Forges et des Chantiers de la Seyne au camarade Rougon,
Les deux couronnes du Souvenir français,
La musique et la compagnie hors-rang du 111e,
Les officiers, sous-officiers et soldats de la 3e compagnie du 111e de ligne à leur regretté camarade Davayat,
Les officiers, sous-officiers et soldats de la 3e compagnie du 111e à leur regretté camarade Rougon,

Les sous-officiers du 111e de ligne,
La compagnie d’artificiers coloniaux,
La 8e compagnie à leurs malheureux camarades,
Le 8e colonial,
Les sous-officiers, brigadiers et canonniers du 3e régiment d’artillerie coloniale au soldat Davayat, victime du devoir,
Les sous-officiers, brigadiers et canonniers du 3e d’artillerie coloniale, au soldat Rougon, victime du devoir,
La 2e compagnie du 111e à leur camarade Davayat,
La 2e compagnie du 111e à leur camarade Rougon,
La 4e compagnie à leurs camarades,
Le Foyer du Marin et du Soldat,
La ville de Toulon, couronne portée par deux agents de police,
Le Revest aux victimes du mont Caume.
Citons aussi la modeste couronne envoyée par la mère de l’infortuné Rougon qui, accablée de douleur, n’a pu venir assister à la funèbre cérémonie.
Les cercueils, enveloppés d’un pavillon tricolore, avaient été placés chacun sur une prolonge d’artillerie attelée de six mulets et décorés de verdure et de drapeaux.
À côté de la première prolonge, sur laquelle se trouvait le corps de Rougon, marchait, l’arme sous le bras, pâle et ému, le sergent Salvigni, qui commandait l’escouade lorsque celle-ci fut environnée par les flammes.
Le deuil était conduit par M. le général Mathis, commandant le 15e corps, ayant à sa gauche le préfet du Var et à sa droite l’amiral Touchard.
Puis le colonel Colle, commandant le 111e d’infanterie ; les généraux d’Esclaibes et de Nays-Candeau ; l’amiral Fort préfet maritime p.i. ; les amiraux Manceron et Campion ; MM. Reyss, sous-préfet de Toulon ; P. Ferrero, député, rédacteur en chef du « Petit Var » ; Escartefigue Marius, maire de Toulon ; Meiffret, maire du Revest ; Petin, maire de la Seyne ; Charlois, conseiller général ; Cabran, président du Conseil d’arrondissement ; Levesque, directeur des Travaux Hydrauliques ; Auzières, substitut du procureur de la République ; Bourgarel, vice-président du Tribunal civil ; le colonel Bouliol, sous-directeur d’artillerie navale ; l’amiral Bellanger, président du Souvenir Français ; M. Serres, ingénieur des Forges et Chantiers ; une foule d’officiers de tous grades et toutes armes ; M. le commissaire central Briottet et les commissaires des cinq arrondissements.
Les membres du Conseil municipal de Toulon ; M. Hubert Durand, adjoint au maire du Revest, et les conseillers MM. Marius Agarrat, Meiffret Testin, Meiffret Joseph, Hermite Séverin, Teissère Ch., Mourian Baptistin ; le garde champêtre Meiffret, le secrétaire de la mairie Fillal qui se distingua dans la lutte contre le feu, et tous les hommes valides du Revest.
Environ quatre-vingts ouvriers des Forges et Chantiers envoyés en délégation aux obsèques de leur camarade Rougon.
Puis :
Les autres compagnies du 111e avec leurs réservistes ; les délégations du 17e bataillon d’artillerie ; du 3e régiment d’artillerie coloniale ; de la 7e et de la 8e compagnie d’ouvriers ; des 4e et 8e coloniaux ; des gendarmeries maritimes et départementale ; les marins vétérans ; des pompiers de la marine ; de la 15e section ; des pompiers de la ville ; des équipages de la flotte et de l’escadre, etc., etc.
Au milieu d’une foule immense et émue, le cortège a suivi la rue Nationale, traversé la place de la Régie, s’est engagé dans l’allée Nord de la place d’Armes et est remonté, par la rue de l’Intendance, vers le boulevard de Strasbourg.
Devant la caserne Gouvion-Saint-Cyr, dont le pavillon était en berne, la garde sous les armes rendait les honneurs.
À la villa Désirée, M. le chevalier Burdèse, consul d’Italie, avait mis également son pavillon en berne.
La foule était encore nombreuse tout le long du faubourg du Pont-du-Las ; le cortège arrivait à 9h40 au cimetière de Lagoubran sous un soleil torride.
Dans le large carré, au centre duquel s’élève, sur l’ossuaire du Souvenir Français, la statue en bronze de la Patrie étreignant le drapeau national, c’est là que s’ouvrent les deux fosses au bord desquelles les cercueils sont déposés.

Les discours

Le képi à la main, M. le colonel Colle s’approche des cercueils des malheureux Davayat et Rougon et d’une voix que l’émotion rend tremblante, il prononce l’allocution suivante :

Ces trois victimes que la fatalité a frappées d’une façon si terrible et que la mort avait réunies, j’aimerais les voir ici tous les trois.
Nous avons dû nous incliner devant une mère qui réclamait son fils. Nous l’avons accompagné hier à la gare et déjà Gabriel dort en paix dans le cimetière de Gémenos.
La date du 23 août restera gravée au cœur du 111e. Sombre date où, pleins de vie et de jeunesse, trois de ses meilleurs enfants lui ont été ravis. Ils sont tombés comme sur un champ de bataille, car c’en était un, sur les pentes escarpées du mont Caume, où les flammes se mêlaient au sifflement du vent.

Pendant trois jours, nuit et jour, les soldats des 3e et 4e compagnies ont lutté contre le fléau. Ils pouvaient croire l’avoir maîtrisé. Malheureusement le vent s’est relevé, les flammes se sont dressées de tous côtés ; le danger avait à peine repris que les deux compagnies s’élançaient à la lutte.
Au premier rang, ils étaient là, Davayat, Gabriel et Rougon ; mais le fléau vaincu une première fois a voulu prendre sa revanche. Les flammes arrivaient rapides ; ils n’ont pu …
Il y a eu sacrifice et abnégation. Ceux qui sont tombés n’ont pas été abandonnés, car il y a des actes de courage et de dévouement à signaler.
Devant une pareille catastrophe, notre devoir est de vous féliciter, vous tous qui avez noblement accompli votre devoir et qui avez montré que vous avez à cœur les sentiments et les traditions militaires du 111e de ligne.
Hier, vous étiez sur les pentes abruptes du mont Caume et demain, si le danger reparaissait, vous iriez partout où il s’offrirait pour accomplir votre devoir avec une nouvelle énergie.
Sachons suivre cet exemple, camarades du 111e de ligne et comme eux faisons notre devoir sans bruit mais avec énergie.
De toutes parts des marques de sympathie nous ont été témoignées ; à vous tous qui avez accompagné ces militaires, à toutes les autorités militaires, maritimes et civiles, je dis merci. À vous, jeunes gens, nobles victimes du devoir, je vous adresse un dernier adieu. Vous avez vécu en braves gens, vous êtes morts en héroïques soldats : à vous tous, je dis adieu.


M. l’amiral Bellanger, au nom du Souvenir Français, dit qu’il ne prétend pas consoler les malheureuses familles qui pleurent leurs morts. Il salue les dépouilles des deux pauvres soldats, morts au champ d’honneur. Il espère que leurs tombes seront souvent visitées par leurs camarades. 


M. Escartifigue, maire de Toulon, s’approche à son tour du bord de la fosse et prononce les paroles suivantes :
Je viens, au nom des populations de Toulon, du Revest, de la Garde et de la Seyne, apporter un souvenir ému aux pauvres victimes de l’incendie du mont Caume.

Comme maire de Toulon, c’est mon douloureux devoir de venir exprimer l’émotion cruelle profondément ressentie par tous nos concitoyens.

La catastrophe a eu un écho douloureux dans notre ville où les enfants du 111e de ligne sont des Toulonnais d’adoption : ils vivent et aiment dans notre cité où on les accueille comme des frères.

Mais pour mieux comprendre l’immense peine qui nous étreint, reportons-nous dans ces foyers où l’enfant est pour jamais absent auprès de ces parents au cœur meurtri, dont l’imagination éplorée voit en une cruelle vision les corps affreusement tordus par ces flammes de leurs pauvres enfants aux … des crispées, semblant vouloir chasser loin d’eux le fléau dévastateur.

Il faut apporter des paroles de réconfort à ceux qui sont loin. À ces douloureuses gens, j’apporte, au nom de la population toulonnaise, nos condoléances émues et je leur dis que le souvenir de leurs enfants restera dans nos cœurs comme le souvenir du devoir accompli, entièrement accompli.

Qu’ils dorment en paix, eux qui ont aimé la patrie, par leur esprit de dévouement et d’abnégation.


À son tour, M. le préfet du Var s’approche et prononce l’allocution suivante :

Le soin de louer le courage, dit M. Raux, appartient aux officiers du 111e. Je viens au nom du gouvernement, que je représente, au nom des populations profondément attristées de ce département, rendre un dernier hommage à ceux qui se sont sacrifiés pour nous.

La mort si cruellement injuste, qui a ravi ces trois malheureux à la fleur de l’âge, a … dans le département tout entier.

À ces mots, la voix manque à M. le préfet du Var

Indisposé, M. Raux chancelle. Il est soutenu aussitôt par M. le colonel Colle et M. Reyss, sous-préfet de Toulon.

Conduit dans les appartements du conservateur du cimetière, des soins lui sont prodigués par M. le docteur Abelin, directeur du service de santé par intérim.

Hâtons-nous d’ajouter que M. Raux a été quelques instants après remis de son indisposition et qu’il a pu gagner Toulon en voiture.

Après le départ de M. Raux, M. le général Mathis à son tour prend la parole en ces termes :

Au moment où je quittais Marseille, j’ai reçu le télégramme suivant du ministre de la Guerre (et que nous avons été les seuls à donner le texte dans notre numéro d’hier) :
« Je vous prie de vous rendre immédiatement à Toulon pour me représenter officiellement aux obsèques des malheureuses victimes. Vous voudrez bien parler en mon nom et exprimer mes sentiments de profonde douleur et aussi la vive reconnaissance pour nos héroïques soldats, morts au champ d’honneur, victimes du devoir. »

Je ne vois pas que je puisse ajouter quelque chose pour compléter la pensée du ministre de la Guerre.

La sympathie qui est témoignée à votre garnison doit être pour vous d’un précieux réconfort. Faire son devoir sans arrière pensée et avec la seule satisfaction du devoir accompli est le propre du soldat français.

C’est pour moi un grand honneur d’être l’interprète du ministre de la Guerre pour vous adresser à tous des félicitations pour votre belle attitude et il m’est précieux comme chef, d’avoir sous mes ordres de pareils hommes.

Aux parents, nous pouvons que leur donner nos témoignages de sympathie. Ils sauront que l’abnégation de leurs enfants victimes de leur devoir, se perpétuera dans les annales du 111e de ligne.
À vous trois, adieu !


La cérémonie est finie : les deux cercueils sont descendus dans la fosse, et la foule lentement s’écoule dans un nuage de poussière ; le cimetière se vide et bientôt il ne reste plus que les deux … de terre fraîchement remués  sous lesquels dorment à jamais deux braves.

Et plus haut que la statue symbolique érigée par le Souvenir Français, la cime altière de la montagne homicide,  qui semble porter sur ses flancs calcinés le deuil de ces victimes du devoir, veille sur les deux tombes creusées presque à ses pieds.


Petit incident

M. Meiffret, le sympathique maire du Revest, qui, malgré son grand âge, sut en cette pénible circonstance se montrer à la hauteur de sa tâche, n’a pu hier la parole au cimetière pour  dire, au nom de la population du Revest, un dernier adieu aux malheureuses victimes : l’émotion l’en a empêché et il a dû prier son collègue, le citoyen Escartefigue, de parler en même temps au nom des deux villes.
À l’issue de la cérémonie, un adversaire politique -adversaire malheureux-  de M. Meiffret a cru devoir à ce sujet prononcer quelques paroles désobligeantes : il semble que le tact le plus élémentaire aurait dû imposer silence à ce politicien.


Les obsèques de Gabriel à Gémenos


On nous écrit de Gémenos :

Hier matin, à 9 heures, ont eu lieu les obsèques du soldat Gabriel, victimes de son dévouement à l’incendie du mont Caume.

Une affluence considérable suivait le convoi. Le deuil était conduit par le père, les oncles et beaux-frères du regretté défunt. Le cercueil disparaissait sous les nombreuses couronnes offertes par la famille, par les officiers du 111e, les camarades de la 8e compagnie et les amis de régiment de Gémenos.

La musique et la fanfare de Gémenos ont joué durant tout le parcours des marches funèbres.
Une délégation de jeunes soldats et réservistes du 111e assistait aux obsèques où furent également remarqués : M. Duverger, conseiller général ; le maire de Gémenos, accompagné de son conseil municipal ; M. Dumant, juge au Tribunal de Marseille ; M. Olivier, conseiller municipal d’Aubagne ; M. Baille, receveur municipal, etc., etc..

Au cimetière, le maire de Gémenos, a fait un discours et a terminé par un adieu au jeune Gabriel, mort au champ d’honneur.

La population s’est retirée fortement émue de cette imposante cérémonie qui restera inoubliable dans notre ville.


L’incendie du Mont-Caoume en 1906


Extrait du Journal « L’illustration » -N° 3314 du samedi 1er septembre 1906

Photographie de l’incendie du Mont-Caoume en 1906




Photographie de l’incendie du Mont-Caoume en 1906.
En bas, à droite des soldats combattant le feu.
Derrière la fumée, le Baou de Quatre Auro.


La semaine dernière, un violent incendie s’est déclaré dans les forêts du Mont-Caoume, près de Toulon, où il a sévi pendant trois jours, causant un véritable désastre, malgré la promptitude et l’énergie des efforts multipliés pour l’éteindre ou tout au moins le circonscrire.

Dés le début, le sous-préfet avait pris, de concert avec les colonels de l’infanterie de ligne et de l’infanterie coloniale, toutes les mesures que commandaient les circonstances ; ils dirigeaient eux-mêmes les opérations entreprises par les troupes réquisitionnées contre le feu qui, sous l’action du vent, gagnait rapidement du terrain, dévorait bois et broussailles sur une étendue considérable, atteignait les champs voisins, immense foyer éclairant, la nuit, de ses lueurs sinistres, la ville et les faubourgs.

Fantassins, coloniaux, artilleurs, marins de l’escadre, rivalisèrent d’endurance et de vaillance dans cette lutte pleine de périls ; ils comptèrent de nombreux blessés et trois d’entre eux devaient tomber, victimes du devoir.

Le 23, au soir, en combattant le fléau qui redoublait d’intensité entre la commune du Revest, le hameau des Pomets et le fort du Mont-Caoume, les soldats Rougon, originaire de la Seyne (Var), Davayat, du Puy-de-Dôme, et Gabriel, de Gémenos (Bouches-du-Rhône), tous trois appartenant à la 3ème compagnie du 111ème de ligne, étaient brusquement enveloppés d’une épaisse fumée et tombaient dans le brasier incandescent, sous les cendres duquel on les retrouva carbonisés, presque méconnaissables.

La famille de Gabriel ayant réclamé son corps, on fit à ses deux camarades d’imposantes funérailles, en présence d’une foule énorme, des troupes sous les armes, des autorités civiles et militaires et du général Mathis, que le ministre de la Guerre avait spécialement délégué pour le représenter à la cérémonie ; une prolonge d’artillerie conduisit les cercueils des malheureux sauveteurs au cimetière de Lagoubran où, devant le monument du « Souvenir français », plusieurs discours furent prononcés.

Ce même jour, 25 août, le feu s’éteignit enfin, et l’on pouvait se rendre compte de l’importance des dommages matériels. Des petits propriétaires, des paysans ont eu leurs récoltes, leurs oliviers, leurs vignes, leurs vergers complètement détruits. La commune du Revest a perdu 400 hectares de forêts, la commune de Toulon plus de 800.


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