❂ Balades historiques - La vallée du Las, voie de pénétration régionale



Source : La préhistoire de Toulon, par Jean Layet

L’Archéologie

Mon premier étonnement, en présence de la lacune Telo, était surtout causé par ce fait qu’elle englobait la Vallée du Las en entier. Il me paraissait inconcevable que cette longue voie naturelle, destinée à mettre en contact les occupants de la zone littorale et ceux du Haut-Pays, n’ait pas été utilisée par eux avant les temps romains…

Le Géographe

Le Las, qui creusa cette vallée, était aux Ages préhistoriques une véritable rivière dont le lit roulait des eaux toute l’année durant. La sécheresse qui augmente de siècle en siècle, puis aux temps modernes, le captage du Ragas, la dérivation de la Rivière Neuve, le pompage de Saint-Antoine, ont transformé son régime en celui de simple déversoir d’eau de pluie. Il prenait naissance à la source du Ragas qui jaillit au pied de falaises de calcaire urgonien, au fond d’une dépression que dominent les derniers contreforts du Grand Cap et la hauteur du Revest. Il descendait sur Dardennes, contournant le Faron à l’ouest et se dirigeait vers la mer. Avant la déviation ordonnée par Vauban, il se jetait dans une anse de la petite rade colmatée partiellement par ses alluvions, et qui s’ouvrait entre le faubourg du Pont du Las et Castigneau. Sa longueur ne dépasse pas 7 kilomètres, mais ses affluents, jadis d’une certaine importance, ont largement étendu la superficie de son bassin. C’étaient, sur la rive gauche, un long torrent qui, entre le Faron et le mont Combe, lui amenait les eaux de la Vieille Valette et de la Ripelle et dont le lit, aujourd’hui presque complètement à sec, est meublé de cailloux roulés, témoignages d’un service plus actif au cours des siècles écoulés, et plus loin les petits torrents des pentes du Faron et la source Saint-Antoine. Le long de la rive droite, on rencontre le torrent de Saint-Pierre, celui plus important des Pomets, dénommé Val dEgout, qui draine les ruissellements du Caume et du Col de Garde, puis le Sargentier, dont les eaux vauclusiennes sourdent à Châteauvallon, quelques heures après les grandes pluies et qui annexe au bassin du Las les vastes quartiers de Monserrat, de Valbertrand et des Routes.

La Géographie commande la division de la vallée du Las en trois sections qui présentent chacune une part d’originalité.

La Haute Vallée comprend le cours supérieur de la rivière et les pentes qui descendent du Caume, du Grand Cap, du mont Combe et convergent vers le Revest.

La Moyenne Vallée commence au coude que forme la rivière au moment où elle vient buter contre la falaise septentrionale du Faron et prend fin un peu en amont de la source Saint-Antoine.

La Basse Vallée à partir de cette source, s’élargit en manière de delta, couvrant l’ancien estuaire du Las, devenu aujourd’hui l’un des plus populeux quartiers de Toulon. Elle s’ouvrait autrefois sur la petite rade dont elle est actuellement séparée par les constructions de l’arsenal maritime.

L’Archéologue

La Haute Vallée dessert des quartiers extérieurs au Site Telo, qui au cours de la Préhistoire ont été habités et, de ce fait n’est pas comprise dans la lacune. La Basse et la Moyenne Vallée n’ont livré, à ce jour, aucun vestige dont l’ancienneté dépasse l’époque romaine ; il est cependant permis de supposer qu’en cherchant bien on en trouverait. Les eaux vives ont attiré les populations de tous les Ages, or elles abondent en ces lieux. Si la rivière avait tari au cours d’un été torride, les sources de la Foux, à Dardennes, celle de Saint-Antoine, près de l’estuaire, auraient continué à débiter au profit des habitants du voisinage.

On a dit, et c’est en grande partie vérité, que les Romains, à leur défaut ne seraient pas venus s’établir à Telo et surtout qu’ils n’y auraient pas fondé une teinturerie.

L’Historien

Les témoins de la fréquentation romaine sont, en effet, nombreux dans la Vallée, depuis le Vieux Revest qui a livré des inscriptions et des ornements architecturaux jusqu’à Saint-Antoine dont la source a rendu des monnaies des premiers empereurs.

Dans l’histoire de Toulon, la Vallée du Las a conservé son importance. Qu’il suffise de rappeler la famille de Thomas, suzeraine de Dardennes, et son château encore debout ; le « béal », route d’eau de ses fontaines ; le chemin de terre élevé en bordure du canal ; les moulins, dont le courant faisait tourner la roue ; la « villa des champs » des évêques toulonnais connue sous le nom de château de Saint-Antoine.

Un moment de désaffection a suivi, dont la cause fut l’engouement des contemporains pour le bord de mer. Mais presque aussitôt la Vallée connut une renaissance qui s’est traduite par la construction de nombreuses demeures bourgeoises et par la réfection des vieilles maisons du village du Revest, devenu l’un des lieux de prédilection des estivants de la région.

Les plus récents événements nous montrent que la Vallée du Las n’a rien perdu de son caractère puisqu’elle a été utilisée une nouvelle fois au cours de l’histoire en qualité de voie de pénétration militaire. Cet exemple mérite tout particulièrement d’être cité. Durant les opérations qui aboutirent, en août 1944, à la glorieuse libération de Toulon de l’emprise allemande, les troupes françaises que l’ennemi attendait du côté de La Garde et de La Valette, le surprirent par leur attaque opérée le long de la trouée du Las. L’un des premiers numéros du journal résistant, « Le Var Libre », qui commença à paraître à Toulon, en date du 1er septembre, relate le fait en ces termes :

« Le premier quartier libéré de Toulon fut, sans conteste l’agglomération des Dardennes où se trouvaient les nids de résistances ennemies qui empêchaient la progression des F.F.I. (forces françaises de l’Intérieur) des chars et des fantassins français qui descendaient par la route du Broussan, des Pomets et des Quatre-Chemins des Routes. Le combat pour la réduction de ces points d’appui fut mené par des chars, une section de tirailleurs algériens et quelques policiers de la Police d’Etat de Toulon. Cette opération réussit à merveille, presque sans pertes, et se solda pour les Allemands par 180 tués, 130 prisonniers et 3 « tanks »anéantis.

« Les reporters américains du grand quotidien « War » , au courant de l’action des policiers toulonnais, les interviewèrent, les photographièrent et les filmèrent. La « B.B.C. » relata ce fait d’armes… Cette affaire qui libéra le premier quartier de Toulon, permettait l’utilisation plus complète de la route Le Broussan-Toulon et La Valette-Toulon (celle qui passe derrière le Faron) sur lesquelles les « blindés » qui libérèrent Toulon purent librement circuler. »

L’Archéologue

L’attaque de la place forte de Toulon par la Vallée du Las fournit une preuve éclatante de l’importance de cette voie de pénétration régionale. On peut tenir pour certain qu’elle a rempli cet office depuis le début du peuplement de la région, les habitants des grottes découvertes ces derniers temps, au Lauron du Revest et au mont Combe de Tourris lorsqu’ils se rendaient sur le littoral ne pouvaient emprunter d’autres passages.

Durant la période « camatulicienne », la Courtine, par la trouée de cette rivière communiquait avec la Vieille Valette et les oppida de Solliès et de Cuers. Places de commerce autant que de guerre, ces castellas dirigeaient les courants d’échange vers la voie littorale et les ports marseillais d’Olbia et de Tauroentum.




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