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Cette grande propriété revestoise est à vendre

Grands espaces
Calme et verdure
Au pied du Mont-Caume
Vue panoramique sur le village
et la vallée de Dardennes



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♖ Les AVR ont 30 ans !!!


30e Anniversaire des Amis du Vieux Revest

☨ La Résistance sous l'occupation allemande - Rencontre avec le 3e RTA par René Poch


Rencontre avec le 3ème R.T.A. en forêt des Morières et Siou-Blanc par René Poch, F.F.I. dans le groupe Camolli



Nuit du 19 août au 20 août 1944.
Nuit claire et sereine.
Nuit de veille, emplie d’angoisse et de beaucoup d’espoir.


Nous savons que le débarquement allié a eu lieu sur les côtes de Provence depuis le 15 août. Des grondements sourds et confus parviennent jusqu’à nous.


Pour les F.F.I., c’est veillée d’armes, nous attendons, nous prévoyons un événement ; celui-ci se présente à moi sous la forme d’une cigarette allumée sous mon nez, mais quelle cigarette ! Une Américaine « Luki ».
Immédiatement je comprends, les libérateurs ne sont pas loin. « Miette » Menconi bat le rassemblement ; un guetteur en poste aux « 4 croix » est descendu nous alerter, les soldats français bivouaquent au Cros du Grand Sui de Morières (le chêne de Mistral).
Nous rejoignons notre chef Louis Camolli au « cros de Jeanne » sur la route de « Fiéraquet », au nord du Revest, au pied du glacis rocheux le dominant.


Nos armes sont cachées là, sous un petit pont ; quelles armes ! … de vieux mousquetons datant de 14/18 et quelques munitions.
Notre groupe est formé d’une douzaine de F.F.I. ; les autres étant restés sous les ordres de Dominique Moretti dit « Aimé », second de Louis Camolli, au village, ils nous attendrons.


Nous sommes dans la pénombre, à tâtons, et nous nous mettons aussitôt en route, marche forcée, vers le nord en direction des « 4 croix ».
Les premiers kilomètres sont très pénibles, sur la draille caillouteuse qui monte, qui monte …
Nous ne parlons pas, conscients des événements qui nous attendent ; l’on n’entend que le halètement des poitrines et le crissement de nos pauvres semelles au contact des graviers, des cailloux et des rochers qui constituent le chemin dans un paysage lunaire.
Nous suons sang et eau, malgré la fraîcheur de la nuit, et notre cœur bat la chamade.
Enfin ! Le plateau ; nous ne marchons pas, nous courons, nous volons. Nous dépassons «Roca Troca , les 4 croix et descendons vers les Morières.


Nous ralentissons l’allure ; nous écoutons ; nous essayons de pénétrer les ténèbres, enveloppant et adoucissant en égalisant tous les reliefs ; les arbres nous apparaissent comme des décors de théâtre.
Oui, ce sont bien des voix que l’on entend diffuses. Nous apercevons des points rouges qui bougent, scintillent, s’éteignent, tels des lucioles capricieuses. Nous donnons nos impressions à voix basse, ce sont bien des braises de cigarettes. Soudainement, nous sommes cloués sur place par un tonitruant : « halte-là, qui vive ? ».
Notre chef Camolli répond en s’époumonant : « France ». Nous voilà reconnus, la sentinelle nous prie d’avancer et nous conduit auprès des gradés. Le contact est pris, congratulations, embrassades chaleureuses.


Ces hommes engoncés dans leur étrange tenue ; quoiqu’il fasse nuit, nous pouvons détailler ; leur énorme casque rond enveloppant leur tête et leur équipement. Nous sommes ébahis ; comparés à eux nous avons l’impression d’être tout nus : avec nos shorts, chemisettes, espadrilles et musettes de l’armée de 14/18, pendouillant à nos maigres épaules.
Malgré tout, nous avons du culot, et nous demandons aux gradés de se mettre en route. Il doit être deux heures du matin et il faut arriver à la pointe du jour au Revest pour créer la surprise !
Les gradés ne sont pas notre avis et nous demandent de tempérer notre ardeur ; d’une part il faut l’ordre du P.C. (installé à Siou-Blanc) et d’autre part, les hommes ont besoin de repos, après une marche forcée depuis Montrieux-le-Jeune (une vingtaine de kilomètres).
En effet, les gars sont allongés à même le sol, sur les cailloux, dans tous les sens, ou bien fumant une cigarette. En attendant le café qui ne viendra pas car le feu est interdit.


Plaque commémorative à Siou Blanc


Ensuite, un gradé nous dirige vers Siou-Blanc où nous sommes attendus. Louis Camolli laisse un petit groupe sur place et amène les autres avec lui ; notre groupe se compose de :
Georges Soma,
« Miette » Menconi,
Benoît Muriaccioli,
René Poch,
Ainsi que notre chef.


Nous rencontrons le commandant Rocquigny, au croisement des pistes Daumasse/Grand Cap et Siou-Blanc/le Revest. Discussion entre gradés, puis le bataillon s’engage sur le sentier, en file indienne conduisant vers le vieux jas d’Orvès et le Broussan. Soudain la colonne stoppe : le colonel de Linarès rejoint le commandant Rocquigny dans le sentier. Ils sont impressionnés par la masse majestueuse du mont Caume qui apparaît au sud/sud-est.


Nous apercevons nettement les superstructures du fort. Nous sommes sûrs et certains qu’il n’est pas armé. Nous y avons fait une incursion deux jours auparavant. Cependant les gradés demeurent sceptiques. De Linarès envoie des éclaireurs, guidés par « Miette » sur le Caume, et Rocquigny fait reprendre la progression. Il faut absolument être tôt aux lisières Ouest de Toulon et couper la route Toulon/Marseille.
Il est cinq heures environ, de Linarès laisse le bataillon de Rocquigny pour reprendre sa Jeep et rejoindre la colonne de gauche du bataillon Ruault qu’il retrouvera vers 6 heures entre Roca Troca et la citerne d’Estienne.


Cette colonne a démarré vers 5 heures du Chêne Mistral, il leur faut des guides sûrs ; je demande donc à Louis Camolli l’autorisation de me porter au devant de cette colonne qui risque de se trouver en difficulté sur le plateau ; accord donné, je file au galop, par un raccourci et j’arrive sur le plateau, à Roca Troca, alors que la colonne est déjà engagée.


Je rejoins la tête au lieu dit citerne d’Estienne ; je fais stopper et faire demi-tour car il ne faut pas emprunter le chemin charretier conduisant au Revest, il est à découvert et trop exposé aux tirs des forts Faron et Coudon, ceux-ci étant fortement armés ; à l’ouest, aucun risque, le Caume est désarmé.


Alors, je prends la tête en compagnie de l’aspirant Serette, de la compagnie Vieules suivi d’Etienne Camolli (16 ans), fils de Louis, Guy d’Ollonne (17 ans), Dominique Grandi, Benoît Muraccioli et les tirailleurs bien sûr.


Nous plongeons en file indienne, à vive allure vers le Revest dont on aperçoit la tour émergeant de la brume. Nous nous arrêtons un instant sur une arrête rocheuse, lieu dit « Les Abeilles », l’aspirant Serette observe aux jumelles le village et ses alentours, tout est calme. Il donne nos positions à ses supérieurs hiérarchiques par radio « talkie-walkie ». Notre arrêt permet aux hommes de serrer et de se regrouper. Nous repartons au pas de course, passons devant la mine de bauxite à la stupéfaction des familles revestoises réfugiées là. Nous empruntons le chemin des Baumettes, nous passons devant la propriété du docteur Mouttet (où sera établi le P.C. quelques heures plus tard), nous passons par le chemin de la Luzerne (nous ne voulons pas affronter les Allemands par l’Ouest, trop de risque pour la population) et nous arrivons derrière l’église. Aimé Moretti nous y attend. Il suivait notre progression.


Après une brève concertation, nous nous séparons ; Moretti engage le combat dans la rue où déambulent quatre Allemands, il les met hors d’état de nuire avant que ceux-ci n’aient le temps de riposter. Serette et moi-même contournons le village par le nord-est de la Tour. Nous nous trouvons au dessus du barrage et du mamelon du Colombier où est installé un nid de mitrailleuses. Les Turcos ont aussi tôt fait de le neutraliser, sous une riposte mal assurée des Allemands surpris.


Une compagnie, guidée par Moretti et son groupe, fonce vers le barrage, engage le combat avec une section allemande arrivant en camion : plusieurs ennemis sont tués et 17 sont faits prisonniers. Les F.F.I. s’emparent du camion, armes et munitions.
Retour au Revest et arrivée, avec leur trophée, place de la Mairie, sous les ovations de la population. Bonne prise, les mousquetons récupérés serviront à armer les volontaires qui vont encadrer et emmener les nombreux prisonniers allemands vers le nord, via Roca Troca, au camp du Castellet.


La progression continue vers Toulon par la vallée de Dardennes et des Moulins.
La libération de Toulon sera définitive le 28 août 1944.


Sources : lettre écrite par René Poch le 20 août 1996 et remise aux Amis du Vieux Revest.

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