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🗣 Traditions - Remèdes de grand-mère

Remèdes de grand-mère du temps jadis et de toujours

 

Comment se soignait-on au temps jadis, en prenant comme période 1830-1914 par exemple. À cette époque, les derniers remèdes empiriques se croisent avec les premières grandes découvertes médicales et l'arrivée sur le marché des spécialités pharmaceutiques.

Il n'existe à cette époque, ni sécurité sociale ni tarifs conventionnés, les médecins sont rares, surtout en milieu rural. La consultation médicale se monte généralement à trois francs (prix de journée d'un bon ouvrier), la visite à domicile à cinq francs et plus et la visite de nuit au double, d'où recourir au médecin ne pouvait se concevoir qu'en cas de nécessité absolue.

 

Les patients étaient-ils atteints de maladies caractéristiques de cette époque ?

Bien sûr, on peut affirmer que les goutteux et les constipés étaient légion, sans doute en raison de l'absence de tout principe diététique et d'une alimentation pauvre pour les uns, trop riche pour les autres.

 

L’anémie faisait des ravages que l'on soignait avec des médications à base de fer, des verres de sang frais et bien entendu à grand renfort de cuillerées d'huile de foie de morue, cauchemar des enfants, qui, devenus âgés, s'en souviennent encore !!

Les maladies de poitrine (tuberculose, bronchites, asthme, etc… ) atteignaient une grande partie des populations citadines. En comptant avec tous les accidents domestiques et du travail, la liste des maux est bien longue.

 

Tout ce préambule nous amène à nous interroger sur une médecine et une pharmacie parallèles qui existent depuis toujours, qui sont traditionnelles et que nous appellerons : "La médecine et les remèdes de grand-mère".

 

Remèdes de grand-mère ? Remèdes de bonne femme ? Est-ce la même chose ?

Qu'évoquent ces deux termes ? Quand on dit remède de grand-mère, on imagine une coquette maison rurale entourée d'un jardin de curé où poussent diverses herbes bénéfiques ; on pense au parfum des tisanes, au goût particulier du lait de poule ou du jus de viande, à tous les arômes, à toutes les senteurs qui restent attachées aux maladies bénignes d'autrefois.

 

Les remèdes de bonne femme évoquent au contraire un milieu social plus rude, plus pauvre.

 

Les remèdes de grand-mère n'excluent pas l'appel au médecin, ceux de bonne femme ont longtemps été synonymes d'ignorance sinon d'indifférence à la maladie. Et pourtant les remèdes de ces personnes sont souvent les facettes de la même chose, ce sont des médecines familiales, dont l'utilisation ancienne, transmise oralement la plupart du temps, mais aussi par les vieux livres de colportage peut être attestée.

 

Ces médecines sont surtout des médecines de nature, des médecines simples, à base de plantes, de légumes, d'objets quotidiens, des médecines qui réconfortent et Il nous faut situer d'abord le rôle de la grand-mère autrefois : qui était-elle ?

 

C'était un personnage important de la cellule familiale. Souvent marraine d'un de ses petits-enfants, elle veillait sur eux pendant que les parents travaillaient aux champs. Elle était aussi la gardienne des traditions. Il est vrai qu'à cette époque, parents et enfants habitaient souvent dans le même village, si ce n’est dans la même maison. Souvent donc les grand-mères étaient celles qui prenaient en charge les malades. Ces femmes âgées étaient les garantes du savoir médical traditionnel, elles transmettaient tout un enseignement pratique et moral par imitation.

Citons pour mémoire, pris dans les actes d'État-Civil du Revest-les-Eaux, Anne Daumas née en 1767 à la Valette, mariée en 1789 avec Pierre Meiffret, domiciliée aux Bastides des Olivières. Elle apparait, sitôt après son mariage, comme témoin dans les actes de nombreuses naissances revestoises, ce qui prouve qu'elle était demandée (sans être sage-femme) pour aider aux accouchements et aux soins qui s'ensuivaient. Elle est mentionnée aussi comme témoin dans plusieurs actes de décès prouvant ainsi sa présence auprès des malades jusqu'au moment de leur trépas.

Mère de dix enfants, elle remplit ce rôle jusque vers 1850 quelques années avant son décès en 1859, à l'âge de 94 ans !!

 

Le terme de remèdes de grand-mère évoque un retour aux sources : d’où venait ce savoir ?

Les livres de colportage, littérature florissante des 18ème et 19ème siècles, les livrets bleus et l'almanach Vermot médical furent, avec la transmission orale, la base des soins de ces femmes charitables et dévouées. Elles pratiquaient avec l'aide de ces littératures une médecine empirique et parfois même magique.

 

Quels sont les maux les plus couramment traités ?

 

Ce sont certaines maladies sans réelle gravité comme les rhumes, maux de gorge, affections de la peau, les brûlures, les foulures, les cors, verrues, les traitements pour les vers, etc., etc...

 

Voyons les traitements les plus courants pour les migraines.

  •  On mettait un peu d'eau de vie dans le creux de la main que l'on aspirait par les narines.
  •  Les compresses sur le front de blanc d 'œufs battus avec un peu de safran.
  •  Les compresses d'oignons crus.

L'oignon entre pour une grande part dans le traitement de plusieurs affections, un quatrain provençal disait:

Lou Bon Dieu dé la cèbo autant què dé l'aiet
nous a fa un vieure bouan et qué nous couste gaire,
un rémèdi, pèreu què nous remés d'escaire
quouro sian escranca per ben dé malautié

Le Bon Dieu de l'oignon ainsi que de l'ail
nous a fait un bon aliment et qui coûte peu,
un remède aussi, qui nous remet d'équerre
quand nous sommes éreintés par bien des maladies

(Almanach provençal)

 

Les bains de pieds de farine de moutarde ainsi que ceux d'infusion de feuilles de noyer.

Il y avait, et cela se pratique encore dans les cas d'insolation, le pouvoir magique de quelques bonnes femmes "d'enlever le soleil". L'opération se faisait soit, pour certaines, sur le patient soit, pour d’autres, à distance ! Cela consistait à l'aide d'un toupin en terre cuite rempli d'eau de prononcer certaines prières secrètes à des heures bien déterminées (lever, zénith et coucher du soleil). Certains médecins, par l'intermédiaire des parents il est vrai, avaient et ont recours à cette pratique.

 

Les brûlures

  • On tenait la partie brûlée le plus longtemps possible devant le feu (traitement du mal par le mal).
  • Application d'oignons crus et pilés, de feuilles de lierre, de fleurs de souci, etc…
  • Il y a surtout ʺ Toli rougé " (l'huile rouge) préparée à partir des fleurs de millepertuis ramassées le jour de la St jean d'été et mises dans de petits flacons, on recouvrait de bonne huile d'olive. Au bout d 'un mois d'exposition au soleil, cette préparation prenait une coloration rouge. Le baume était prêt, appliqué sur les brûlures ou les ulcérations, il a un réel pouvoir cicatrisant.
  • Rejoignant la pratique "d'ôter le soleil", certaines grands-mères, par des prières avaient le pouvoir de conjurer le mal causé par les brûlures.

   

 

Les maladies de poitrine

  • Les grands-mères maintenaient l'hiver près de l'âtre un toupin en terre cuite dans lequel infusait un mélange de figues sèches, jujubes, tranches de pomme, pruneaux, coques d'amande auquel on ajoutait en cas de fièvre une feuille de laurier-sauce. Cette préparation dont on buvait quelques tasses dans la journée, avait un pouvoir bénéfique sur la toux, étant un très bon expectorant.
  • Les oignons cuits (encore eux) avec du miel réussissaient dans le traitement des maladies de poitrine.
  • L'infusion d'espèces pectorales (coquelicot, mauve, hysope, scabieuse).
  • La pratique curieuse de faire avaler aux malades de la poitrine, le matin à jeun, cinq ou six limaces crues macérées dans du sucre roux. Des personnes furent guéries de crachement de sang par cette médication, particulière il faut le dire !

 

La liste de ces médications pourrait s'allonger considérablement, le thym pour les infections intestinales, la bourrache comme diurétique, l'ortie qui arrête les hémorragies, l'aubépine qui favorise le sommeil et la sauge qui stimule l'appétit (vin de sauge).

On ferait cependant erreur en traitant ces procédés de pratiques de sorcellerie.

Sous d'autres formes, ce sont des pratiques employées en médecine et justifiées empiriquement. Certaines recettes à base de plantes expliquent en fait leurs propriétés.

Il faut voir aussi que les plantes et ingrédients employés par les grand-mères sont à portée de la main, il n'y avait que quelques pas à faire aux alentours du village pour que les récoltes soient faites. On soigne avec les produits du terroir !

 

Si, d'autre part, la magie et la religion apparaissent dans la pratique de soulager, c’est qu’elles avaient un certain pouvoir.

 

Certains auteurs (Letuaire, Raoul) citent, pour l'avoir constaté, cette pratique de guérison des maux de gorge par des bonnes femmes "qui coinçaient lei galès". Cela consistait, en murmurant certaines invocations secrètes, à appuyer fortement sur l'intérieur du poignet du patient en remontant ensuite selon une ligne déterminée vers le pli du coude. Et ça guérissait ! Eh bien, les points de placement des aiguilles de nos acupuncteurs, pour les mêmes maladies, se situent à la même place ! Curieux non?

 

Si les tisanes tiennent une grande place dans la pharmacie de grand-mère, il y a aussi les cataplasmes, les lavements, les purgations (quatre fois par an) ou les simples bouillons d'herbe (céleri, carotte, poireaux, laitue), le lait de poule, le bouillon de veau, etc…

 

Les furoncles par exemple étaient traités par des cataplasmes de farine de pois chiche et les "flux de sang" par une préparation à base d'œufs du vendredi saint séchés et pulvérisés, mélangés à du miel. Le catarrhe par la tisane de son que l'on obtient en faisant bouillir une cuillerée à soupe de son dans un litre d'eau, on passe, on sucre avec du miel et on boit chaud six tasses par jour.

 

On va voir, qu’à la suite de ces médications simples, la première industrie pharmaceutique va s'emparer de ces recettes en les élaborant. Quelques-uns de ces médicaments ont traversé des décennies pour soigner en douceur nausées, asthénies, courbatures et jambes lourdes. Avec le temps, ces spécialités sont devenues aussi des médications de grand-mère, elles sont souvent à base de plantes et ne coûtent que quelques francs.

Sans vouloir faire de publicité, nous pouvons citer les plus anciennes qui ont soulagé les misères de nos grand-mères et qui restent d'actualité.

 

Les jeunes filles de la Belle Epoque faisaient deux fois l'an, au printemps et à l'automne, une cure de Jouvence de l'Abbé Soury qui leur rafraîchissait le sang, et si vous pensez que c'est une idée de Dame sur le retour, c'est que vous ignorez le pouvoir des plantes. Préparée pour la première fois en 1760 en pharmacie par un certain Abbé Delarue dont la réputation était parvenue jusqu'aux Cours de France et d'Angleterre, c'est un autre ecclésiastique, l'abbé Soury, élève du précédent, qui lui donna sa formule définitive. Les machines de laboratoire ont remplacé les cornues de l'Abbé mais le contenu du flacon n'a pas varié depuis deux siècles et soulage toujours les troubles circulatoires !

 

Deux siècles durant, le quinquina, apporté par les jésuites sous Louis XIV, passa pour guérir les fièvres. Mais le quinquina a bien d'autres propriétés : il a des qualités toniques, stimulantes et apéritives. C'est ainsi qu'au début du siècle un pharmacien de Châteauroux mettait au point dans son arrière-boutique un mélange de quinquina, quassia, gentiane, oranges amères, indiqué spécialement pour le manque d 'appétit, les convalescences et l’asthénie. La quintonine était née, et à grand renfort publicitaire (force, vigueur, santé) le flacon à diluer dans un litre de bon vin aide toujours à surmonter les petites déprimes, le manque d'appétit et la fatigue des étudiants !

 

Avec les fièvres et la neurasthénie les problèmes digestifs furent l'un des grands maux des siècles derniers. On consommait force venaisons et sauces, peu de légumes et c'est à l'intention de ces malades gros mangeurs, que les Frères Carmes de la Rue des Billettes à Paris tiraient de la mélisse une eau pour lutter contre la mélancolie, fortifier le cœur et même exciter la mémoire.

En 1611 un frère convers met au point un produit plus affiné où il mariait l'angélique, le cresson, citron, coriandre, girofle, cannelle, muscade et bien entendu la mélisse. Ce remède souverain contre les vapeurs et les évanouissements des marquises, réjouit et fortifie le cœur des grands de l'époque. Ce fut le succès immédiat de l'eau de Mélisse des Carmes. Richelieu, grand malade, en était si fidèle consommateur, qu'un de ses ennemis tenta de l'empoisonner en ajoutant le poison dans un flacon. Le Cardinal flaira l'odeur suspecte et désormais un cachet de cire rouge dut garantir la "virginité" de la bouteille. Les secousses de carrosses sont loin, mais l'eau de Mélisse accompagne encore les voyageurs qui ont le mal de mer ou de voiture trois cent soixante-dix ans après !

 

On pourrait ainsi citer de nombreuses spécialités qui existent toujours et dont la notoriété n'est plus à faire; nos grand-mères le savaient déjà. Ainsi le papier Rigollot qui date de 1880, l'élixir Bonjean de 1890, le sirop Delabarre de 1820, les pilules Carters de 1900, etc., etc...


 


D'une préparation à l'autre nous avons passé en revue quelques principes de médecine familiale d'hier qui est devenue la médecine naturelle d'aujourd'hui.

En conclusion, il convient donc d’insister sur cet aspect de la médecine de grand-mère. Elle est considérée aujourd’hui comme le lointain héritage de nos ancêtres. Dans cette prédilection moderne pour les pratiques populaires, il faut voir également, bien sûr, un désir de retour à la nature, que l’on rencontre sous d’autres aspects (week-end à la campagne, lutte contre la pollution, refus de nourritures chimiques, etc…).

Mais s’appuyant sur le passé et la tradition, cette médecine populaire, rurale, cette médecine d’appoint, appelle à la sagesse, à des règles de vie simple, à l’emploi de procédés adjuvants, de procédés secourables ʺdont (comme le dit F. LOUX in Confrontations 1980) l’efficacité thérapeutique, tant empirique que psychologique, s’est longtemps avérée indiscutable pour compléter un traitement trop purement médicamenteux."

 

Jean MEIFFRET Juin 1989 - Conférence prononcée devant les Amis de la Vieille-Valette et publiée dans notre bulletin AVR N°12 de novembre 1989.

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