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Lundi 4 juillet 2022

✍ Écrivains et artistes - La botanique dans l’Ɠuvre de George Sand


Conférence de Jean-Claude Autran au Revest le 28 mai 2016


Comme cela ressort de son Ɠuvre, George Sand a bien eu du goĂ»t, de l’intĂ©rĂȘt, de la passion pour la botanique, c’est Ă  dire pour l’étude, la description, la dĂ©nomination, la classification des espĂšces vĂ©gĂ©tales, et plus gĂ©nĂ©ralement pour les sciences naturelles puisqu’elle avait aussi une bonne expertise en gĂ©ologie et minĂ©ralogie. Pour elle, il Ă©tait important de savoir nommer et classer.


A - Origines de la passion de George Sand pour la botanique


Le XVIIIe siĂšcle avait mis Ă  la mode l'habitude d'herboriser, Ă  l'image de Jean-Jacques Rousseau. Tout comme Alexandre Dumas (nĂ© en 1802), qui avait une profonde connaissance de la nature, George Sand (nĂ©e en 1804), manifeste beaucoup d’admiration pour Jean-Jacques Rousseau.


Le chĂąteau de Nohant


Les goĂ»ts naturels de la jeune Aurore [on rappelle que notre romanciĂšre ne prit le nom de George Sand qu’en 1832 et qu’elle naquit « Amantine Aurore Lucile Dupin Â»], son enfance Ă  Nohant, dans le Berry (Ă  partir de 1808), tout cela fera d’elle un ĂȘtre passionnĂ© par la nature et particuliĂšrement par la vie vĂ©gĂ©tale et par ses manifestations les plus simples comme les fleurs, les herbes et les jardins.


Cette passion de George Sand pour la botanique ne va cesser de se dĂ©velopper au cours de sa vie grĂące Ă  son travail Ă  partir des ouvrages de l’époque, mais surtout grĂące Ă  sa rencontre avec plusieurs personnages fĂ©rus de botanique : son prĂ©cepteur Deschartres ; un Ă©tudiant parisien, de Grandsaigne, qui lui enseigna les sciences naturelles ; un certain Germain de Saint-Pierre, lorsqu’elle viendra sĂ©journer Ă  Tamaris, de qui elle Ă©crira « j’en ai plus appris avec lui dans un soir que les livres ne m’en ont encore fait comprendre Â». Mais ce sera surtout Jules NĂ©raud (dit le Malgache) qui sera, pendant de nombreuses annĂ©es, son guide botaniste le plus autorisĂ©.


Avec son prĂ©cepteur Deschartres. La jeune Aurore n’a pourtant pas acquis cette passion dĂšs son jeune Ăąge Ă  l’époque oĂč, entre l’ñge de 7 ans et l’ñge de 13 ans, son prĂ©cepteur Deschartres lui apprenait les rudiments de tout ce qui devait faire l’éducation des jeunes filles, du latin Ă  la broderie, de l’arithmĂ©tique Ă  la versification, du piano Ă  la grammaire, et naturellement les sciences naturelles, avec la botanique dont Deschartres Ă©tait un connaisseur.


La jeune Aurore


La jeune Aurore (portrait par Alfred de Musset, 1833)


Car, comme elle l’écrira plus tard dans Histoire de ma vie, « Ă  cette Ă©poque, la botanique n'est point du tout une science Ă  la portĂ©e des demoiselles Â». En effet, « pour comprendre la botanique il faut connaĂźtre les mystĂšres de la gĂ©nĂ©ration, de la fĂ©condation et la fonction des sexes ; c'est mĂȘme tout ce qu'il y a de curieux et d'intĂ©ressant dans l'organisme des plantes Â». Il est vrai que la dĂ©termination et la classification des plantes repose en grande partie sur la structure et l’organisation de la fleur, ses organes mĂąles et ses organes femelles et, comme on le pense bien, Deschartres lui cache tout ce qui touche aux organes de reproduction. « La botanique se rĂ©duisait donc pour moi à des classifications purement arbitraires - puisque je n'en saisissais pas les lois cachĂ©es - et à une nomenclature grecque et latine... Â». DĂ©jĂ  apparaĂźt sa tendance Ă  poĂ©tiser les notions scientifiques, puisqu’elle rajoute : « Que m'importait de savoir le nom scientifique de toutes ces jolies herbes des prĂ©s, auxquelles les paysans et les pĂątres ont donnĂ© des noms souvent plus poĂ©tiques et toujours plus significatifs : le thym de bergĂšre, la patience, le pied de chat, la mignonette, la repousse, le danse-toujours, l'herbe aux gredots, etc. Â» ?


La botanique aux noms barbares qu’elle doit apprendre ne lui apparaĂźt donc Ă  cette Ă©poque que comme une discipline pĂ©dantesque et coupĂ©e du rĂ©el. Dans sa jeunesse, elle semble ressentir ce qu’écrira un peu plus tard le journaliste et romancier Alphonse Karr : « la botanique est l’art d’insulter les fleurs en grec et en latin Â». A la fin de 1817, notre jeune Aurore, indocile, elle est mise en pension au couvent des Dames Augustines Anglaises Ă  Paris et, en 1820 - elle a 16 ans - elle revient Ă  Nohant, sa grand-mĂšre ayant envisager de la marier. C’est alors qu’intervient sa rencontre avec Jules NĂ©raud, personnage nĂ© et mort Ă  La ChĂątre (1795-1855). Elle commence alors un nouveau parcours botanique, loin des fatras latins et grecs de Deschartres.


Avec Jules NĂ©raud, dit Le Malgache. AprĂšs bien des errements dans sa jeunesse (armĂ©e, Ă©tudes en anatomie comparĂ©e, politique, participation Ă  une mission scientifiques dans l’OcĂ©an Indien : Ile Bourbon [La RĂ©union], Madagascar - d’oĂč le surnom que lui donnera George Sand), Jules NĂ©raud revint Ă  son pays d’origine pour se consacrer Ă  la botanique et Ă  la culture de plantes exotiques. Il devient ainsi le professeur de botanique d’Aurore.


Au cours de longues promenades dans les paysages du Berry, Néraud va lui expliquer toute la sexualité des plantes en utilisant des termes facilement assimilables.


Structure et organisation d'une fleur


Naturellement, il ne va cesser aussi de lui « conter fleurette Â», Ă©tant devenu Ă©perdument amoureux d’elle, « truffant ses notes de botanique de beaux compliments ou de madrigaux Â», mais ce sera toujours sans rĂ©ciprocitĂ©. C’est cependant une amitiĂ© trĂšs profonde qui liera les deux personnages et qui durera 35 ans. Des centaines de lettres -seront Ă©changĂ©es avec toujours des expressions comme : « J’ai passĂ© une journĂ©e heureuse auprĂšs de toi, mon brave Malgache [
] Â». « J’ai le spleen, Malgache, j’ai le dĂ©sespoir dans l’ñme [
] Â». « Je remonte la ForĂȘt-Noire pour chercher une plante que le Malgache veut que je lui rapporte [
] Â».


Georege Sand, portrait aux fleurs par Auguste Charpentier  - 1838


George Sand  : portrait aux fleurs par Auguste Charpentier en 1838


GrĂące Ă  NĂ©raud, elle acquiert donc de solides bases en botanique. Ainsi Ă©tait donnĂ©e une impulsion dĂ©finitive Ă  cette vĂ©ritable passion qui va continuer Ă  peu prĂšs toute la vie de George Sand (sauf peut-ĂȘtre entre 1837 et 1854 dans les pĂ©riodes oĂč elle vit Ă  Paris, ou lorsqu’elle est prĂ©occupĂ©e par ses problĂšmes financiers, ses passions nombreuses ou son divorce), une passion qui se prolongera et s’amplifiera mĂȘme aprĂšs la mort de NĂ©raud et lorsqu’elle aura elle-mĂȘme dĂ©passĂ© l’ñge de 50 ans. Elle saura identifier et classer un grand nombre de plantes, une tache difficile qui demande une parfaite connaissance de la morphologie d’une plante, qui demande « du mĂ©tier Â», des annĂ©es de travail.

Cette connaissance de la botanique va se dĂ©cliner de plusieurs maniĂšres parallĂšles :

  1. Elle réside de plus en plus à Nohant.

  2. Ses Ă©tudes et ses observations, parfois approfondies, apparaissent dans les agendas-journaux qu’elle tient rĂ©guliĂšrement, dans ses Lettres d’un voyageur, ou encore dans Les contes d’une grand-mĂšre (1872-1876). De mĂȘme, sa correspondance avec son fils, sa fille, ses amis, et plus encore ses agendas, sont remplis de notations botaniques. Par exemple :

    • 22 juillet 1860 : « Toute la journĂ©e, botanique (
) et puis on dĂźne et on refait de la botanique. Oh, on fait un herbier. Bigre ! Â»
    • 1er aoĂ»t 1860 : « Botanique dans le jardin, et toute la journĂ©e au salon. Bain en herborisant. DĂźner. Botanique... botanique Â».
    • 2 aoĂ»t 1860 : « Botanique. Botanique. Botanique. Botanique. Botanique. DĂźner. Botanique. BĂ©sigue. Botanique Â».
    • En dĂ©cembre de la mĂȘme annĂ©e, elle Ă©crit au prince JĂ©rĂŽme : « Ma passion du moment, c’est la botanique Â».
    • En 1867, elle Ă©crit Ă  Flaubert : « Je prends un bain de botanique, je me porte comme un charme, je bois de la botanique Â» et, en 1872, au mĂȘme Flaubert : « Ce que j’aimerais, ce serait de me livrer absolument Ă  la botanique, ce serait pour moi le paradis sur la terre Â».

  3. Elle se lance dans la confection d’herbiers. C’est Ă  Nohant, au dĂ©but de 1830, qu’elle commence son premier herbier. Ce devait ĂȘtre le grand herbier du Berry. ConstituĂ© entre 1832 et 1837, ce ne fut cependant jamais un herbier trĂšs consĂ©quent : 125 plantes environ, avec un Ă©tiquetage trĂšs approximatif. Seules quelques planches de cet herbier ont Ă©tĂ© conservĂ©es dans la BibliothĂšque historique de la ville de Paris et dans la collection de Christiane Sand.

  4. Pages de l'herbier de Georges Sand


    Pages d’herbier de George Sand (coll. Christine Sand)


    Par la suite, elle va herboriser dans tous ses voyages (Auvergne, Bretagne, Normandie, PyrĂ©nĂ©es, Italie,
) et, en 1860, elle dĂ©cide la crĂ©ation d’un second herbier, beaucoup plus Ă©tendu, avec des plantes de diffĂ©rentes rĂ©gions de France : flore des montagnes, flore mĂ©diterranĂ©enne,
 Elle rĂ©dige aussi des Conseils pour constituer un herbier.


    On ne sait malheureusement pas ce qu'est devenu ce deuxiĂšme herbier de George Sand. Il ne semble pas qu’il ait Ă©tĂ© lĂ©guĂ© à l'AcadĂ©mie française et il est peut-ĂȘtre restĂ© Ă  Chantilly oĂč la guerre de 1939-1940 aurait pu lui ĂȘtre fatale. Peut-ĂȘtre certaines de ses planches se trouveraient-elles actuellement aux États-Unis (?).


    Mais l’herbier - bien qu’elle n’arrĂȘtera pas de mettre des plantes sous presse - la laissera quand mĂȘme insatisfaite : « L’herbier n’est qu’un reliquaire, un cimetiĂšre Â». Par rapport Ă  la beautĂ© des fleurs naturelles « il ne renferme que des cadavres
 Â». C’est cependant le seul moyen dont on a disposĂ© pendant des siĂšcles pour conserver des Ă©chantillons.


  5. Il apparaĂźt que le lien de George Sand avec la botanique a un caractĂšre atypique :

  6. Bien qu’elle devienne une vĂ©ritable professionnelle en botanique, George Sand n’aura jamais exactement la dĂ©marche d’une scientifique. Ainsi Ă©crit-elle Ă  Juliette Lambert : « Ne me dĂźtes plus que je la sais [la botanique], j’en bois tant que je peux, voilĂ  tout Â». En effet, si elle identifie correctement ses trouvailles, elle ne se contente pas de nommer, de dĂ©crire froidement Ă  la maniĂšre d’une scientifique, il faut qu’elle ajoute aux descriptions des commentaires personnels sur la beautĂ© des fleurs, sur la poĂ©sie qu’elles lui inspirent, en mĂ©langeant toujours noms latins, noms français ou noms vernaculaires : il y aura toujours chez elle ambivalence entre botanique et poĂ©sie, Ă©tats d’ñme, voire symbolique des fleurs.


    « Sur les sommets de l’Auvergne, il y a des gentianes et de statices d’une beautĂ© inouĂŻe et d’un parfum exquis Â», « Je rapporte l’ophrys lutea, superbe, et que je ne donnerai pas cent sous Â»,
 « TrouvĂ© 7 ou 8 epipactis blancs dans les bois, les uns avec une longue bractĂ©e Ă  la fleur inf de l’épi, les autres sans bractĂ©e, tous rabougris par le vent et la sĂ©cheresse Â»â€Š


  7. Elle Ă©lĂšve ses rĂ©flexions bien au-delĂ  de la botanique :
  8. Elle Ă©tudie en effet de façon approfondie la structure et l’architecture des plantes et des fleurs. Elle l’explore avec passion et attention pour saisir « l’ñme de la fleur Â». Elle a fait, peut-ĂȘtre sous l’influence du peintre Delacroix, des Ă©tudes de fleurs, des portraits de fleurs Ă  l’aquarelle rehaussĂ©e de gouache.


    Étude de fleur


    Étude de fleur (coll. Christiane Sand) />


    Elle Ă©tudie la physiologie vĂ©gĂ©tale et prend connaissance avec grand intĂ©rĂȘt des thĂ©ories de Darwin (L’origine des espĂšces, 1859) et se lance dans des rĂ©flexions trĂšs approfondies sur l’évolution, les mutations, l’adaptation de certaines espĂšces aux Ă©volutions du milieu. Elle est notamment fascinĂ©e par la transformation du pĂ©tale en Ă©tamine lors du dĂ©veloppement d’une fleur. Mais elle est, Ă  l’époque, de ceux qui maintiennent l’existence d’un Dieu crĂ©ateur qui aurait introduit un principe gĂ©nĂ©ral d’évolution. Mais ce Dieu n’est pas celui des catholiques, car elle ne peut pas se l’imaginer hors du monde, hors de la matiĂšre. Elle est donc sur une position complexe, entre spiritualisme et panthĂ©isme. En outre, pour elle, le maintien de l’équilibre de la nature est essentiel - elle prĂ©fĂšrera les mauvaises herbes aux territoires arrangĂ©s par l’homme ; elle sera toujours prompte Ă  prendre la plume pour s’élever contre les abus qui viendraient Ă  menacer l’existence du milieu naturel. Une profession de foi Ă©minemment Ă©cologiste.


  9. La passion de George Sand pour la botanique ne cesse de s’amplifier au point de se traduire dans ses romans et ce, de diffĂ©rentes maniĂšres : simple dĂ©cor, symbolique de la fleur, ou vĂ©ritable Ă©rotique.


    Il y a d’ailleurs, dans la botanique, deux mouvements : l’analyse d’abord, c’est-Ă -dire l’inventaire, puis la synthĂšse, c’est-Ă -dire la classification. Ne s’agit-il pas lĂ  des deux moments essentiels de la construction romanesque ?


Nous allons voir, à partir de quelques exemples comment la botanique intervient dans ses Ɠuvres et que, partant de la botanique, notre romanciùre va nous emmener trùs loin, et parfois trùs haut.


B - La botanique dans quelques-unes des Ɠuvres de George Sand


  1. Le roman Indiana qu’elle publie en 1832 est d’une grande importance Ă  plusieurs titres :

    C’est le premier roman qu’elle publie sous le nom de George Sand. Avec Indiana, elle se dĂ©tache de Sandeau et adopte le pseudonyme qu’elle conservera dĂ©finitivement.


    Elle y aborde les thĂšmes de la nature (dans la lignĂ©e de Rousseau) et de l’exotisme (dans celle de Chateaubriand). L’action se situe Ă  la fin, dans l'Ăźle Bourbon. Elle en dĂ©crit la flore sans y ĂȘtre allĂ©e, une flore imaginaire. Et, en cela, elle procĂšde comme le feront plus tard les Ă©crivains naturalistes. Dans Indiana, George Sand se fonde sur les carnets que lui avaient fournis son ami botaniste Jules NĂ©raud, le Malgache.


    Certes, on n’est pas dans de la botanique au sens strict : il n’y a pas d’étude vĂ©ritablement scientifique des vĂ©gĂ©taux, mais des Ă©numĂ©rations d’essences exotiques, Ă©numĂ©rations toujours poĂ©tisĂ©es par des qualificatifs tels que : « les suaves Ă©manations des orangers Â», « le parfum des girofliers Â», « les tamarins murmuraient dans l’ombre Â»â€Š


    Mais, ce qu’on retient dans ce roman, c’est que la botanique devient une vĂ©ritable Ă©rotique dans la confession d’amour faite Ă  la jeune Indiana par Sir Ralph, puisque ce dernier devient ivre et fou en voyant « les insectes voluptueusement embrassĂ©s dans le calice des fleurs Â», ou « la poussiĂšre de pollen que les palmiers s’envoient Â». Ainsi, au travers du dĂ©sir Ă©rotique de Sir Ralph (qui demande l’amour aux fleurs), George Sand, dans son imaginaire scientifique, nous ramĂšne au systĂšme de reproduction des corolles, des pistils, du pollen Â». Dans ce roman Indiana, « l’amour subvertit la botanique, comme une sorte de langage des fleurs et de la nature Â»


  2. Dans LĂ©lia, autre Ɠuvre de jeunesse (1833, repris en 1839), la fleur joue un rĂŽle essentiel, la fleur est pour l’auteur comme sa langue maternelle. Dans une certaine grammaire florale, elle distingue les fleurs pures (lys, rose blanche) et les fleurs capiteuses et troublantes comme la fleur d’oranger, la rose jaune ou le lotus. Au cƓur de ce roman, il y a une association entre femme et fleur, une association qui fait de la femme une fleur et de la fleur une Ă©manation de la femme 3. Ce texte avait Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme scabreux et scandaleux car au travers du dĂ©sir inassouvi de l’hĂ©roĂŻne LĂ©lia, il traite de l’insatisfaction fĂ©minine, dont le sens est en fait beaucoup plus vaste et va jusqu’au doute métaphysique. À l’inverse de la poĂ©tique traditionnelle oĂč l’association entre femme et fleur est un symbole de la vie ou d’un Ă©ros triomphant, George Sand, au travers de la fleur, met ici en Ɠuvre un discours de dĂ©senchantement.


    Fleur d'oranger

    La fleur d’oranger, fleur « troublante Â» ou « capiteuse Â», dans LĂ©lia, 1833


    Si, dans cet ouvrage, nous ne sommes donc pas vĂ©ritablement dans la botanique, il est clair que notre romanciĂšre n’aurait pas pu l’écrire sans une excellente connaissance du monde vĂ©gĂ©tal et un amour de la botanique.



  3. Dans Mauprat (1837), les motifs floraux qui Ă©maillent le roman sont des signes rĂ©vĂ©lateurs de la psychologie des personnages. Ainsi, l’hĂ©roĂŻne, EdmĂ©e, entretient un lien fusionnel avec les fleurs en s’accordant mĂȘme le surnom d’Edmea sylvestris 



    Les personnages, dĂšs leur premiĂšre apparition, sont identifiables de par le cadre vĂ©gĂ©tal dans lequel ils Ă©voluent. Et c’est une image vĂ©gĂ©tale, l’arbre gĂ©nĂ©alogique, qui sert Ă  reprĂ©senter la hiĂ©rarchie familiale, scindĂ©e en deux rameaux ennemis.


    Dans ce roman, c’est le choix du champ lexical de la botanique qui sert Ă  retranscrire une Ă©volution psychologique et sociale.


    Couverture du roman Mauprat

    Couverture du roman Mauprat


    Finalement, Ă  l’instar de Rousseau, George Sand tient Ă  confronter la botanique et l’éducation. La nature peut ĂȘtre un miroir de la culture. Et les fleurs peuvent se rĂ©vĂ©ler comme des clĂ©s : celles des Ăąmes, des cƓurs et du bonheur.


  4. Dans Un hiver Ă  Majorque (1842), on est dans les annĂ©es dites Chopin. La santĂ© de FrĂ©dĂ©ric Chopin Ă©tant mauvaise, Georges Sand et ce dernier dĂ©cident de partir faire un voyage Ă  Majorque l'hiver de 1838-1839. On sait que George Sand va ĂȘtre fascinĂ©e par le dĂ©cor et ne tarira pas d’éloges sur la beautĂ© des lieux, qui vont d’ailleurs la prĂ©disposer Ă  Ă©crire le roman suivant, Spiridion. Mais, fatiguĂ©e et déçue d’ĂȘtre devenue la garde-malade de Chopin, on sait aussi qu’elle est affligĂ©e par l'attitude des Majorquins Ă  leur Ă©gard, nous dĂ©crit sa dĂ©ception et sa rancƓur vis Ă  vis de son sĂ©jour et de ce peuple.


    Mais ce sĂ©jour Ă  Majorque offre Ă  George Sand un jardin sauvage magnifique dans une nature exubĂ©rante et folle. Elle y trouve toute la riche gamme de la MĂ©diterranĂ©e qu’elle ne manque pas d’énumĂ©rer : oliviers, amandiers, orangers, figuiers, caroubiers, ricins, palmiers, pins, lauriers, grenadiers, myrtes, nopals, cĂąpriers, cactus, asphodĂšles,



    Myrte en fleurs

    Myrte en fleurs


    Mais, dans des passages qui mĂ©ritent de figurer dans une anthologie, elle ne manque pas de donner une signification plus profonde Ă  certains vĂ©gĂ©taux, tel l’oranger qui Ă©voque pour elle le jardin des HespĂ©rides (les oranges Ă©voquent les pommes d’or) oĂč se cĂ©lĂ©bra le mariage des dieux.


    L’olivier Ă©voque en elle des rĂ©miniscences mythologiques et historiques, arbre sacrĂ© par AthĂ©na, symbole de la sagesse et de la fĂ©conditĂ© intellectuelle.


    Mais, au passage, c’est l’occasion pour elle de critiquer l’organisation agricole et commerciale des Majorquins qui, bien que possĂ©dant et sachant cultiver les oliviers les plus beaux du monde, n’arrivent Ă  en produire qu’une huile infecte.




    George Sand (fusain de Thomas Couture, 1850)

    George Sand (fusain de Thomas Couture, 1850)



  5. Dans ValvĂšdre (1862) - Dans ce roman, tous les personnages ont une relation marquĂ©e, soit d’attirance, soit de rejet pour les sciences naturelles. Ainsi, Henri Obernay, qui est l’ami du narrateur Francis, « a pour passion dominante la botanique Â». Sa sƓur aĂźnĂ©e, AdĂ©laĂŻde, est une « botaniste consommĂ©e Â». Henri Obernay apprend la botanique Ă  sa fiancĂ©e Paule : « ils Ă©taient emportĂ©s par une ardeur d’herborisation effrĂ©nĂ©e.


    M. de ValvĂšdre est un savant naturaliste, tandis que Mme de ValvĂšdre n’a que dĂ©dain pour ce qu’elle ne comprend pas. Ce qui vaut Ă  Henri le commentaire suivant : « Il est permis aux fleurs de ne pas aimer les femmes, mais les femmes qui n’aiment pas les fleurs sont des monstres
 Â»



C - La découverte de la flore méditerranéenne
avec Tamaris et Le voyage dit du Midi


Couverture de l’agenda-journal Le voyage dit du Midi


Couverture de l’agenda-journal Le voyage dit du Midi


A l’origine du sĂ©jour de George Sand dans notre quartier (de Tamaris NDLR), il faut rappeler que, le 27 octobre 1860, notre romanciĂšre fut terrassĂ©e par une affection typhoĂŻdique. AprĂšs 5 jours, elle « revient des portes de l’autre monde Â» et son mĂ©decin, Vergne, lui prescrit une longue convalescence dans le Midi de la France, une suggestion qu’elle accepte avec enthousiasme, non pas pour connaĂźtre le Midi archĂ©ologique ou Ă©conomique, mais « pour dĂ©couvrir la flore de cette rĂ©gion Â» qui lui est inconnue, ne l’ayant traversĂ©e que trop rapidement, une fois avec Musset lors de leur voyage en Italie et une fois au chevet de FrĂ©dĂ©ric Chopin. Elle repousse le projet de voyager en plein hiver, sa santĂ© Ă©tant encore bien faible, mais peut-ĂȘtre aussi Ă  l’idĂ©e que l’hiver est la pire saison pour « botaniser Â» : il n’y a pas de fleurs en hiver et « qu’est-ce qu’une plante sans fleurs ? Â».


AccompagnĂ©e de son secrĂ©taire trĂšs intime, le graveur Alexandre Manceau, elle arrive donc Ă  la gare de Toulon le 18 fĂ©vrier 1861, accueillie par son fils Maurice et son ami le poĂšte toulonnais Charles Poncy, pensant qu’elle va rĂ©sider Ă  HyĂšres. Ce n’est qu’à Toulon qu’elle apprend qu’on lui a louĂ© une villa, pour un prix trĂšs modique, non pas Ă  HyĂšres, mais dans un quartier isolĂ© de La Seyne, Ă  Tamaris, villa appartenant Ă  MaĂźtre Antoine Trucy, avouĂ© prĂšs le Tribunal Civil de Toulon. Ce sera la cĂ©lĂšbre « bastide Trucy Â» qui deviendra par la suite la « villa George Sand Â».


Elle dĂ©couvre ce site ravissant le lendemain 19 fĂ©vrier 1861 en dĂ©but d’aprĂšs-midi. Et immĂ©diatement, c’est la flore qui attire son attention. Pendant les cent jours que va durer son sĂ©jour, la botanique va occuper une place importante, pratiquement au quotidien. Cela nous le savons grĂące au prĂ©cieux agenda-journal manuscrit qu’elle a tenu Ă  Tamaris 1, Cet ouvrage contient de nombreuses pages d’anthologie et, sous une plume aussi prestigieuse, la flore de notre Midi mĂ©diterranĂ©en va prendre un relief tout particulier.


En effet, dĂšs le premier soir, 19 fĂ©vrier, elle Ă©crit : « La flore est toute nouvelle pour moi. Je mets sous presse un arum et un ophrys mouche inconnus. Les amandiers Ă©normes sont en pleines fleurs (
). Dans le jardinet d’ici, les cytises, lauriers tyms [sic], le thym, les arums, les inula, les orchys, les roses bengale sont en fleurs, les cistes en boutons Â».


Arum arisarum, premiÚre plante récoltée par George Sand à son arrivée à Tamaris



Arum arisarum, premiÚre plante récoltée par George Sand à son arrivée à Tamaris


Le lendemain, 20 fĂ©vrier, elle Ă©crit : « J’ai cueilli et mis en herbier une trentaine de plantes sauvages, romarin, thym, orchis, lavande, ciste rose, thlaspi, asperge sauvage, lentisque, globularia, graminĂ©es, toutes espĂšces mĂ©ridionales, pas un brin d’herbe comme chez nous (
). Je n’ai pas encore aperçu les tamarins [sic] Â».




Des tamaris sur l’isthme des Sablettes


Des tamaris sur l’isthme des Sablettes


Et ainsi de suite les jours suivants. D’aprĂšs son journal, voici comment se dĂ©roule une journĂ©e normale Ă  Tamaris : « Mistral obstinĂ© et qui redouble. Je me lĂšve avec mal Ă  l’estomac. Quelle patraque je fais ! Je ne peux rien faire. La botanique ne va pas. L’envie de travailler est molle. Je corrige le chapitre 9 de ValvĂšdre. Nous montons au Fort NapolĂ©on pour ramasser quelques plantes. Coronilla juncea. Je range les anciennes. Je mange une soupe Ă  9 h et une tasse de cafĂ©. BĂ©sig avec Manceau. Maurice retape un dessin. Je fais des patiences. Ils vont se coucher. Je reste Ă  ranger des plantes. Je retravaille un peu Ă  l’Homme de campagne Â».


George Sand, Ă  l’époque oĂč elle sĂ©journa Ă  Tamaris (photo de Nadar)

George Sand, Ă  l’époque oĂč elle sĂ©journa Ă  Tamaris (photo de Nadar)


A partir de la mi-mars et encore davantage en avril et mai, lorsque sa santĂ© s’amĂ©liore un peu et que ses forces reviennent, elle va explorer la plupart des sites de notre rĂ©gion, Ă  pied dans les environs (Mer-Vive 1, Les Sablettes, Cap Sepet,
), puis avec son cocher Matheron (N.-D. de la Garde, Dardenne, le Revest, les Pommets, les Gorges d’Ollioules, les GrĂšs de Sainte-Anne, le Coudon, le Gapeau, Montrieux, HyĂšres,
).


ChĂąteau de Dardenne, oĂč George Sand se rendit en avril et mai 1861

ChĂąteau de Dardenne, oĂč George Sand se rendit en avril et mai 1861


De la botanique au quotidien


  • 18 avril : Je ne sors qu’autour de la maison pour ramasser quelques plantes. Je range les anciennes (
). Un peu de rebotanique (
).
  • 20 avril : SolliĂšs-Pont - Gapeau : Paysage assommant de monotonie, toujours des oliviers malingres. (
) le soir, je fais de la botanique et des patiences.
  • 21 avril : Malade. J’ai fait de la botanique toute la journĂ©e et encore ce soir. Maurice m’a aidĂ©e Ă  voir les microscopiques dĂ©tails de l’asperula bleue.
  • 22 avril : Malade. Sur la colline, Manceau va chercher le limodore qui ne se hĂąte pas de fleurir (
). Un peu de botanique, mais je ne peux pas m’occuper sĂ©rieusement.
  • 23 avril : Botanique toute la journĂ©e sans aucun rĂ©sultat. Le soir, botanique sans succĂšs. Impossible de dĂ©terminer les petites plantes sans des yeux de lynx.
  • 24 avril : Cap Sepet et Sablettes : Plantes en quantitĂ© sur la plage et la montagne. Scordigera trĂšs grand, orobanches, psoralĂ©es en fleurs, enfin ! (
) luzerne marine, etc. Je range les plantes.
  • 25 avril : Je fais de la botanique (...). Le soir, je refais de la botanique (
). Je dĂźne de bon appĂ©tit. Besig avec Manceau (
). Je range des plantes, je m’en Ă©reinte !
  • 26 avril : Bois de la Bonne-MĂšre et cap SiciĂ© : Les pins sont Ă©lancĂ©s, droits trĂšs grands. Avec les asphodĂšles, la mer se montre (
). AspĂ©rule jaune ?
  • 27 avril : Notre-Dame de la Garde : SilĂšne Gallica Ă  fleurs blanches (
), quelques aspĂ©rules jaunes, des asphodĂšles (
). Pins tristes Ă  faire peur.
  • 28 avril : (
) Je range des plantes. J’analyse le simethis planifolia.
  • 29 avril : J’ai cueilli l’erythrae maritima ou chicorĂ©e Ă  fleurs jaunes. (
). Je mange comme un loup, je botanise et je vais me coucher.
  • 2 mai : Je ne sors qu’un instant avant dĂźner pour chercher quelques plantes. J’ai fait de la botanique toute la journĂ©e. (
). Je rebotanise ce soir avec rage, mais je vais bien lentement et je suis bien bouchĂ©e, ou mes auteurs dĂ©crivent bien mal


 AsphodĂšle Porte-Cerise

AsphodĂšle Porte-Cerise


Environ 150 espĂšces sont nommĂ©es dans l’agenda de George Sand, mais, ce qui est Ă  noter c’est que, si l’on marche aujourd’hui sur les traces de George Sand, Ă  la mĂȘme saison, on retrouve Ă  peu de choses prĂšs ce qu’elle observĂ©, identifiĂ© et mis sous presse - bien que certaines espĂšces se soient rarĂ©fiĂ©es.


En voici quelques exemples : « De Mer-Vive vers le cap SiciĂ©, lavandes StƓchas et euphorbes ; Ă  Notre-Dame de la Garde : SilĂšne Gallica ; Ă  Dardenne, des myrtes, beaucoup de centhrantes, des ornithogales ombellĂ©s ; au cap Sepet, le Serapias cordigera, des psoralĂ©es en fleurs ; aux rochers de Sainte-Anne, « l’Ɠillet bleu de Roquefavour Â», dont elle s’apercevra qu’il s’agit en fait de l’aphyllante de Montpellier
 ; dans la vallĂ©e du Gapeau : « trois lins ravissants ; le grand jaune (campanulatum), le blanc Ă  cƓur rose et le bleu grandiflora Â».


L’« ƒillet bleu de Roquefavour », en rĂ©alitĂ© « Aphyllante de Montpellier »

L’« Ć’illet bleu de Roquefavour Â», en rĂ©alitĂ© « Aphyllante de Montpellier Â»



Quelques autres commentaires


Dans ses notes, on trouve toujours des commentaires méthodologiques, des descriptions imagées incluant ses réflexions du moment, un mélange de noms latins et de noms communs, des identifications quelquefois approximatives ou erronées.


Elle dĂ©couvre chez nous pour la premiĂšre fois des plantes exotiques clairement identifiĂ©es : Au Revest, le pittospore de Chine ; Au jardin botanique de l’’hĂŽpital de Saint-Mandrier, « le seul quercus oeglops, chamaerops, dattiers (phoenix), sterculie platanifola, magnolias, poivriers
 Â» et Ă  HyĂšres, des palmiers, agaves, etc.


Le jardin botanique de l’hîpital de Saint-Mandrier

Le jardin botanique de l’hîpital de Saint-Mandrier


Curieusement, elle ne cite pratiquement aucune plante des marais littoraux, pourtant si abondants dans le secteur de Tamaris - Le CroĂ»ton Ă  l’époque oĂč elle est venue. Cela tient peut-ĂȘtre au caractĂšre peu spectaculaire, verdĂątre et minuscule, et Ă  l’odeur souvent dĂ©sagrĂ©able des fleurs en question, dont l’identification est difficile (famille des chĂ©nopodiacĂ©es). Cela ressort d’ailleurs de son journal du 9 mai : « Quelle patraque je fais donc Ă  prĂ©sent. [
] Je ne veux rien que guĂ©rir ma pauvre estomaque et connaĂźtre un peu mieux les chĂ©nipodĂ©es
 Â».


Et de nombreuses critiques 



On sait que notre romanciĂšre n’a pas Ă©tĂ© tendre avec les mƓurs des Provençaux, l’habitat (« les bastides horribles avec leur façades noires Â»), le centre-ville de Toulon, « sordide et puant Â», le mistral, « une poussiĂšre qui tue tout aussi loin que la vue peut saisir le dĂ©tail Â», « il faudrait la chute du Niagara pour abattre la poussiĂšre de Toulon Â».


Ses critiques sont également nombreuses sur nos paysages arides et notre végétation qui lui font regretter ceux de son cher Berry.


Ainsi : « Les pins rabougris, les cistes et toutes les plantes dures de ces terrains brĂ»lants. On dira ce qu’on voudra, j’aime mieux Gargilesse, et mĂȘme Crevant, avec ses eaux vraiment vivantes et ses bois de hĂȘtres magnifiques. On m’avait promis ici des forĂȘts de chĂątaigniers, que je n’ai pas aperçues. Ils sont fort blagueurs ou se contentent de peu en fait de verdure, les Toulonnais Â».


Ou encore : « La sĂšcheresse est effrayante. Je doute beaucoup qu’il y ait de la vraie fraĂźcheur et de la vraie vĂ©gĂ©tation en Provence. Je crois que les gens du pays ne savent mĂȘme pas ce que c’est Â». « Les pins d’ici sont tristes Ă  faire peur Â». Quant aux bords du Gapeau : « Il y a lĂ  une zone de fraĂźcheur qui repose de la Provence sĂšche et poudreuse.


Mais ça n’enfonce pas les bords de l’Indre. Ça n’approche pas ceux de la Gargilesse Â». « Nous y voyons avec plaisir des ormeaux, des peupliers, des aulnes, des chĂȘnes, ce que l’on appelle de vrais arbres, car tous ces arbres Ă  feuilles persistantes ont l’air d’ĂȘtre artificiels Â». « C’est trĂšs joli les bords du Gapeau, mais les collines Ă  terrasses, c’est pauvre et triste. Tout cela ne vaut pas cher, et l’Indre est plus jolie aux Carclets Â».


Champ d’oliviers en Provence
 

Champ d’oliviers en Provence



Quant aux oliviers ! « Ă€ Dardenne, ce qui domine, ce sont les oliviers rachitiques, ramassĂ©s et poudreux. Au Faron et au Coudon, paysage assommant de monotonie, toujours des oliviers malingres
 À HyĂšres, on rentre dans les oliviers, si tant est qu’on les ait quittĂ©s
 Des oliviers rabougris qu’ont envahi des smilax enragĂ©s
 À Montrieux, (
) des assommants oliviers
 N’y a-t-il pas assez d’oliviers en Provence ? C’est odieux, il y en a partout, dans les jardins, dans les chambres, dans les lits, il y en a presque autant que de puces
 Â».



Quelques rĂ©flexions d’ordre plus gĂ©nĂ©ral


Comme elle l’avait fait Ă  propos de Majorque, George Sand Ă©met de sĂ©vĂšres critiques sur les procĂ©dĂ©s de l’agriculture provençale. Ainsi, Ă  propos de la culture du blĂ© : « le blĂ© qui dans les meilleurs endroits pousse en Ă©pis si grĂȘles, en quoi serait-il prĂ©fĂ©rable aux tapis de fleurs sauvages et aux prairies naturelles ? On s’obstine ici aux cĂ©rĂ©ales, on ne sait pas les cultiver, on n’a pas d’engrais et elles ne nourrissent pas la population et ne paient pas les sueurs de l’homme Â». Elle commente les maladies qu’elle a observĂ©es sur les vignes ou sur les cĂ©rĂ©ales et elle fait de nombreuses observations sur la gestion des terres, la gestion de l’eau et la nĂ©cessaire prĂ©servation de l’équilibre de la nature.


Le dernier jour de son sĂ©jour, de retour de la chartreuse de Montrieux, elle se lance dans une vive critique des mĂ©thodes utilisĂ©es par les communautĂ©s monastiques qui dĂ©truisent le milieu naturel d’origine : (
) « Mais qu’importe aux moines ? De tous tems les couvents ont arrangĂ© la nature pour les besoins de leur communautĂ©. (
) Ils ont dĂ©truit les forĂȘts et ont amenĂ© la fiĂšvre avec les marĂ©cages. Ici, ils feront la mĂȘme chose s’ils le peuvent. EspĂ©rons que la montagne se dĂ©fendra ! Â».


Résumé et conclusions


Son enfance dans le Berry, ses goĂ»ts naturels, son admiration pour Jean-Jacques Rousseau, sa rencontre avec plusieurs spĂ©cialistes de la botanique font de George Sand un ĂȘtre passionnĂ© par la nature et particuliĂšrement par la vie vĂ©gĂ©tale : les fleurs, les herbes et les jardins. Toute sa vie, Ă  Nohant comme au cours de ses voyages, elle herborise et acquiert de solides connaissances en botanique. Cette passion s’amplifie encore aprĂšs l’ñge de 50 ans comme en tĂ©moignent ses notes, ses journaux-agendas et ses courriers, particuliĂšrement lors de son sĂ©jour Ă  Tamaris au printemps 1861.


Elle ne prĂ©tendra cependant jamais ĂȘtre une vĂ©ritable scientifique : ses notes de botanique contiennent toujours des descriptions imagĂ©es, des commentaires personnels sur la beautĂ© des fleurs, et mĂȘme sur ses sentiments et Ă©tats d’ñme. Ses relations avec la botanique sont donc caractĂ©risĂ©es par une ambivalence entre science pure et poĂ©sie.


L’amour de la nature revĂȘt une grande importance dans ses relations sentimentales et la botanique se trouve alors souvent prĂ©sente dans ses romans, comme dĂ©cor ou comme base d’une subtile symbolique florale et, au delĂ , d’une certaine philosophie.


La botanique fournit ainsi Ă  George Sand l’occasion d’élever le dĂ©bat dans diffĂ©rents domaines et souvent Ă  un trĂšs haut niveau, tant en matiĂšre de symbolique de la fleur, d’« Ăąme de la fleur Â», de physiologie vĂ©gĂ©tale, des mystĂšres de la gĂ©nĂ©ration, de philosophie (spiritualisme, panthĂ©isme), ainsi que, sur des plans trĂšs concrets comme des conseils pour la gestion des terres, la prĂ©servation de l’équilibre de la nature, avec une vĂ©ritable profession de fois Ă©cologiste toujours d’actualitĂ©.


Tombe de George Sand dans le parc de Nohant

Tombe de George Sand dans le parc de Nohant


Notre romanciĂšre Amantine Aurore Lucile Dupin repose aujourd’hui sous cet if centenaire, l’un des arbres labellisĂ©s du parc de Nohant, dans ce jardin qui l’a tant de fois enchantĂ©e.


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