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Dimanche 25 octobre 2020

♊ Un musĂ©e virtuel - Les monnaies massaliotes


par Armand Lacroix
Conservateur du Cabinet des Monnaies et MĂ©dailles du Revest-les-Eaux
Membre de l'Académie du Var
Note : Les chiffres et les lettres qui accompagnent les différentes monnaies de cette publication ont été attribués par Ernest Muret qui a publié en 1889 un livre "référence" : Le catalogue des monnaies gauloises.



Ces monnaies sont les premiĂšres Ă  avoir circulĂ© dans notre pays Ă  une Ă©poque oĂč il n’était pas la France, ne s’appelait pas encore La Gaule et Ă©tait peuplĂ© par les Ligures, premiers habitants de notre rĂ©gion. Nous entrons dans l’histoire Ă  Marseille, cette antique citĂ© vient de cĂ©lĂ©brer son 26Ăšme centenaire (Paris ne compte que vingt siĂšcles).


La ville, fondée en 600 avant J.C. par des grecs venus de Phocée, resta pendant cinq siÚcles une cité-état (polis), protégée derriÚre ses remparts de son environnement barbare, tribus dites Ibero-Ligures, puis Ibero-Celto-Ligures avec lesquelles elle entretenait des relations uniquement commerciales.

Situation de Marseille et de Phocée

Mais ses activitĂ©s Ă©taient surtout orientĂ©es vers la mer, et dĂ©jĂ , prĂšs de l’antique PhocĂ©e, citĂ© mĂšre des Massaliotes, un nouveau moyen de rĂšglement des Ă©changes remplaçant le troc avait Ă©tĂ© inventĂ© : LA MONNAIE. ☞


Marseille ne pouvait que s’aligner sur cet ingĂ©nieux systĂšme, et c’est ainsi qu’apparurent sur les cĂŽtes de cette contrĂ©e qui devait par la suite s’appeler La Gaule ☞, et plus tard « La France », Ă  peine un siĂšcle aprĂšs leur invention par un certain GygĂšs, ancĂȘtre du Roi CrĂ©sus, nos premiĂšres monnaies.


Les monnaies dites « du trĂ©sor d’Auriol »

Les premiĂšres monnaies massaliotes, ou considĂ©rĂ©es comme telles, datent d’environ 500 avant notre Ăšre. Elles sont dites « du trĂ©sor d’Auriol », du nom de 2130 petites monnaies d’argent contenues dans un vase de terre cuite, enfoui dans un verger d’oliviers au quartier Des Barres, prĂšs d’Auriol. Elles furent dĂ©couvertes en fĂ©vrier 1867 par un cultivateur propriĂ©taire de ce champ, Ă  l’occasion d’un labour. Par la suite, des monnaies de ce type ont Ă©tĂ© Ă©galement trouvĂ©es sur diffĂ©rents sites archĂ©ologiques, en particulier Ă  La Courtine d’Ollioules.


Ces piĂšces se prĂ©sentent sous la forme de petits lingots d’argent de trĂšs faible taille et d’un poids variant entre 0,15 gramme et 2,75 grammes. Le poids moyen Ă©tant d’environ 0,60 gramme.


Monnaies aux types « du trĂ©sor d’Auriol »

Ces monnaies, anĂ©pigraphes, prĂ©sentent au revers un carrĂ© creux et Ă  l’avers divers symboles, des tĂȘtes humaines ou de divinitĂ©s, des tĂȘtes ou avant-trains d’animaux rĂ©els ou mythologiques.

Monnaies au type du Trésor d'Auriol


La plupart de ces monnaies correspondent aux oboles, certaines auraient pu ĂȘtre Ă©mises, non pas Ă  Marseille, mais dans des citĂ©s d’Asie-mineure. La fin de ce monnayage se situe vers 450 avant J-C.

Avant de poursuivre, et pour la clarté de cet exposé, je vais indiquer quels étaient les systÚmes monétaires utilisés par les Grecs.

Il y avait deux systĂšmes principaux :
a)- Le systÚme éginétique dont la mine de 628 grammes se divisait en 100 drachmes de 6,28 grammes.
b)- Le systĂšme Euboico-Attique dont la mine de 436 grammes se divisait en 100 drachmes de 4,36 grammes. La drachme Ă©tait l’unitĂ© monĂ©taire.


ÉnumĂ©ration des principales monnaies


Les poids indiqués sont ceux du systÚme attique.

Monnaie de compte

  • Talent = 60 mines = 6000 drachmes Poids : 26,200 kg
  • Mine = 100 drachmes Poids : 436 gr

Monnaies métalliques (en argent)

  • DĂ©cadrachme = 10 drachmes (rarement Ă©mis) 43,60 gr
  • TĂ©tradrachme = 4 drachmes (trĂšs courant) 17,44 gr
  • StatĂšre = 2 drachmes (assez courant) 8,72 gr
  • Drachme = unitĂ© monĂ©taire 4,36 gr
  • TĂ©trobole = 4 oboles (peu courant) 2,92 gr
  • Triobole = Âœ drachmes (rarement Ă©mis) 2,18 gr
  • Diobole = 1/3 de drachme (peu courant) 1,45 gr
  • Obole = 1/6 de drachme (trĂšs courant) 0,73 gr

Il y avait Ă©galement des divisions de l’obole, mais peu usitĂ©es

Il y avait aussi des monnaies de bronze nĂ©cessaires pour les petites transactions. Ces monnaies valaient en gĂ©nĂ©ral 1/8 d’obole. Du fait de leur peu de valeur intrinsĂšque, elles Ă©taient de frappe nĂ©gligĂ©e et taillĂ©es de façon assez irrĂ©guliĂšre et pouvaient varier considĂ©rablement entre elles en poids et en volume.

Il y avait enfin des monnaies d’or, mais Ă©galement trĂšs rarement frappĂ©es, sauf pour la MacĂ©doine : Alexandre le Grand, et en Égypte sous les PtolĂ©mĂ©ens. La principale monnaie d’or Ă©tait le statĂšre d’or.


J’ai indiquĂ© les deux principaux systĂšmes. Il y en avait d’autres variant de poids, mais la drachme restait l’unitĂ© monĂ©taire et les noms et les rapports entre les divisions restaient les mĂȘmes.

Le systĂšme massaliote comprenait uniquement des monnaies d’argent et de bronze, et pour l’argent, Ă©tait essentiellement composĂ© de drachmes et d’oboles. Il n’y avait pas de tĂ©tradrachmes, ce qui est fort dommage pour les numismates car les tĂ©tradrachmes grecques sont par leur volume et leurs qualitĂ©s esthĂ©tiques, probablement les plus belles monnaies.


Nous avons vu les premiĂšres monnaies de Marseille, celles dites « du trĂ©sor d’Auriol ». Vers 450 Av. J-C., le monnayage massaliote (ou « massaliĂšte », terme parfois employĂ©) prit un nouvel aspect et commença Ă  s’uniformiser.

Seules furent encore émises des oboles dont le carré creux du revers fut supprimé.

Ces nouvelles oboles prĂ©sentĂšrent d’abord Ă  l’avers la tĂȘte Diane (ArtĂ©mis), et au revers un crabe avec Ă  l’exergue les lettres « M » ou « MA », marque de Marseille. Le crabe Ă©tait l’emblĂšme d’Agrigente et figurait sur les monnaies de cette citĂ© de Grande GrĂšce (Sicile). Sans doute, y-avait-il des liens Ă©troits entre Agrigente et Marseille ?

Obole Artémis avec revers au crabe

A ce type de crabe, succĂ©dĂšrent des oboles prĂ©sentant Ă  l’avers une tĂȘte dite « d’AthĂ©na casquĂ©e » avec, gravĂ©e sur le casque une roue Ă  quatre rayons, et au revers, sur tout le flan, Ă©galement une roue Ă  quatre rayons avec parfois, dans un de ses cantons, la marque de la ville : « M » ou « MA ». Ce revers de la roue Ă  quatre rayons dura jusqu’à la fin du monnayage massaliote.

Obole Athéna casquée avec revesr roue à 4 rayons


Les oboles Ă  tĂȘte d'Apollon

Vers 350 Av-J-C, un nouveau type d’obole est Ă©mis qui, avec quelques variantes pour ses premiĂšres Ă©missions, concernant son aspect dĂ©finitif, durera jusqu’à la chute de Marseille qui survint en 49 avant notre Ăšre. Avers: tĂȘte juvĂ©nile dite « d’Apollon ». Revers : roue Ă  quatre rayons avec, dans l’un des cantons les lettres « M » ou « MA ».

Obole Apollon avec revers roue Ă  4 rayons

Obole Apollon avec revers roue Ă  4 rayons

Obole Apollon avec revers roue Ă  4 rayons

Obole Apollon avec revers roue Ă  4 rayons


Les drachmes

Les principales monnaies massaliotes en valeur (valant 6 oboles) et les secondes Ă  ĂȘtre Ă©mises, sont les drachmes.


La drachme lourde

Entre 370 et 360 avant notre Ăšre, les Massaliotes Ă©mirent une drachme dite « lourde », d’un poids moyen de 3,80 grammes, laquelle prĂ©sentait Ă  l’avers la tĂȘte de Diane (ArtĂ©mis) couronnĂ©e de deux branches d’olivier, ornĂ©e de pendants d’oreille et d’un collier de perles et au revers un lion marchant Ă  droite. A l’avers ou au revers, pouvait se lire l’inscription « MA A », abrĂ©viation de Massalia.
Cette monnaie, trĂšs rare, Ă©mise sur la courte pĂ©riode de seulement environ dix annĂ©es, est connue Ă  une cinquantaine d’exemplaires Ă  peine, dont 17 trouvĂ©s rĂ©cemment lors des fouilles effectuĂ©es sur le site de la Courtine d’Ollioules.

Drachme lourde


Cette piÚce, en particulier par le lion du revers, rappelle les statÚres émis par la cité grecque de Vélia avec laquelle les Massaliotes entretenaient, semble-t-il, des rapports étroits.
La drachme lourde massaliote correspond d’ailleurs en poids Ă  la moitiĂ© du statĂšre de VĂ©lia.


La drachme légÚre

Vers 220 Av. J-C., soit un siĂšcle et demi aprĂšs l’émission de la drachme lourde, les Massaliotes Ă©mirent une nouvelle drachme dite « lĂ©gĂšre». Elle pesait seulement les 2/3 de la drachme lourde. Son poids moyen Ă©tait de 2,60 grammes. Pour cette raison, cette drachme a Ă©tĂ© appelĂ©e « tĂ©trobole », soit deux tiers de la drachme.
Est-ce justifiĂ© ? Dans le cas de cette monnaie, l’unitĂ© ne correspondrait pas pondĂ©ralement Ă  six oboles, mais Ă  quatre, et les Massaliotes auraient renoncĂ© Ă  choisir pour leur principale monnaie, l’unitĂ© de base des systĂšmes monĂ©taires grecs. Ce n’est pas prouvĂ©. Il y a une importante variation de poids dans les oboles massaliotes, et nombreuses sont celles ayant un poids moyen de 0,45 gramme, ce qui correspond au sixiĂšme du poids de la drachme lĂ©gĂšre.
Cette monnaie prĂ©sente Ă  l’avers le buste diadĂ©mĂ© et pharĂ©trĂ©e de Diane (ArtĂ©mis), et au revers un lion marchant ou bondissant (Ă  droite ou Ă  gauche). L’inscription en lettres grecques, complĂšte ou abrĂ©gĂ©e, de « Massalia », figure au revers, ainsi qu’un symbole en tant que « diffĂ©rent » d’émission.

Drachme legĂšre
Contrairement Ă  la drachme lourde, les Ă©missions de drachmes lĂ©gĂšres furent extrĂȘmement nombreuses et se poursuivirent jusqu’à la chute de Marseille, ce que fait que, comme pour les oboles de la derniĂšre pĂ©riode, ces monnaies ne sont pas rares.


Les monnaies de bronze

Pour la pĂ©riode allant jusqu’à la chute de Marseille, elles sont de deux types, les bronzes au taureau et les bronzes au trĂ©pied. Les bronzes au taureau prĂ©sentent Ă  l’avers la tĂȘte laurĂ©e d’Apollon et au revers, un taureau chargeant tĂȘte baisĂ©e.


Les bronzes au taureau

Ces piĂšces se diffĂ©rencient par le poids et le module. Les premiĂšres Ă©missions dites « bronzes lourds », pĂšsent jusqu’à 15 grammes. Les derniĂšres Ă©missions dites « petits bronzes » finissent par faire Ă  peine 1,50 gramme.

Grand  bronze au taureau

Petit  bronze au taureau


Les bronzes au trépied

Moins courants, ils prĂ©sentent Ă  l’avers de la tĂȘte de Diane (ArtĂ©mis) coiffĂ©e du casque corinthien, et au revers un trĂ©pied (dit de Delphes). Ces piĂšces, frappĂ©es pendant une courte pĂ©riode, sont d’un poids moyen de 7,50 grammes.

Bronze au trépied


Les derniĂšres monnaies
Les bronzes d'aprÚs la défaite

AprĂšs la dĂ©faite de Marseille, en 49 Av. J-C., les Romains lui ayant laissĂ© son droit de monnayage, seules pendant encore quelques dĂ©cennies, de petites monnaies de bronze furent Ă©mises offrant des revers divers : tĂȘte casquĂ©e, caducĂ©e, aigle, etc..
Ces petites monnaies de trĂšs faible valeur, de circulation purement locale, furent abandonnĂ©es au bĂ©nĂ©fice du monnayage romain qui s’imposa dans la citĂ© comme sur l’ensemble du territoire de la Gaule.

Les derniers petits bronzes

Les derniers petits bronzes


Rappelons pour conclure, en quelques lignes, les conditions de la chute de Marseille. Tout simplement, Ă  l’occasion de la « Guerre civile », le choix logique mais malencontreux de PompĂ©e contre CĂ©sar. AprĂšs deux batailles navales perdues, et un siĂšge de six mois, rĂ©duite Ă  la famine, la citĂ© dut capituler devant les lĂ©gions de CĂ©sar, ouvrir ses portes aux soldats romains, et recevoir une garnison qui mettait un terme Ă  un demi millĂ©naire de brillante indĂ©pendance. Mais Marseille est toujours restĂ©e Marseille, et n’est pas la Provence.


Les comptoirs massaliĂštes

Marseille contrĂŽlait tout notre littoral mĂ©diterranĂ©en de l’actuelle frontiĂšre italienne Ă  l’Espagne. Elle y avait crĂ©Ă© divers comptoirs : Nice, Antibes, Olbia, Tauroentum, Adge, etc. Certains de ces comptoirs Ă©mirent de rares monnaies. Antipolis (Antibes) en particulier. Nous ne les prĂ©sentons pas dans cette communication.

Carte des comptoirs massaliĂštes sur la cĂŽte ligure


Cette carte prĂ©sente la rĂ©gion dite « camatulicienne »telle qu’elle Ă©tait au temps de l’indĂ©pendance de Massalia. L’intĂ©rieur des terres Ă©tait occupĂ© par des tribus ceto-ligures. Marseille contrĂŽlait le littoral.

Carte de la région camatulicienne


Notes et annexes

Jusqu’en 155 avant notre Ăšre, les MassaliĂštes, en ce qui concerne leurs frontiĂšres terrestres, les remparts de Massalia et de ses comptoirs furent uniquement au contact des tribus celtoligures. En 155 avant J-C., sur la demande des MassaliĂštes, les Romains intervinrent pour la premiĂšre fois dans ce qui devait devenir « La Gaule », assiĂ©gĂ©e par les DĂ©cĂ©ates et les Oxibiens (tribus locales).
C’est seulement en 123 avant notre Ăšre que, Massalia Ă©tant attaquĂ©e par des tribus saleyenes, les Romains commandĂ©s par le Consul Sextius-Calvinus, vinrent Ă  son secours. Les Salyens furent dĂ©finitivement vaincus et leur capitale « Entremont » dĂ©truite ainsi que tous les oppidas se situant sur l’itinĂ©raire des lĂ©gions, dont celui de la Courtine d’Ollioules. Les Romains ne repartirent pas mais s’installĂšrent Ă  demeure et crĂ©Ăšrent la « Provincia », la future Provence. La capitale de cette nouvelle contrĂ©e romaine fut Aix, baptisĂ©e « Aquae-Sextia ». « Sextia » du nom du Consul Sextius- Calvinus.



Le voisinage entre les MassaliĂštes et les Romains fut « coopĂ©ratif » jusqu’à la date fatidique de 49 avant notre Ăšre, lorsqu’à l’occasion de la « Guerre civile », les MassaliĂštes choisirent malencontreusement le parti de PompĂ©e contre celui de CĂ©sar.


Le Lacydon : Ă©tait une riviĂšre qui suivait approximativement le cours de l’actuelle CanebiĂšre et se jetait dans la calanque massaliote, l’actuel « Vieux Port ».


La rouelle, figurant (sur une obole) sur la tĂȘte casquĂ©e d’AthĂšna et sur le revers des oboles massaliotes, pourrait reproduire, selon certains numismates et archĂ©ologues, le cercle mantique de la Pythie de Delphes, ville sacrĂ©e oĂč les Massaliotes avaient un temple.


Quelques prix Ă  Massalia d’aprĂšs des prix pratiquĂ©s Ă  la mĂȘme Ă©poque Ă  AthĂšnes :

  • La construction d’une maison modeste revenait Ă  500 drachmes.
  • Le salaire journalier d’un soldat ou d’un manƓuvre Ă©tait de trois oboles.
  • Un chenix (environ 1 litre) de vin coĂ»tait une obole.
  • Un mĂ©dimne (environ 50 litres) de blĂ© valait 4 drachmes.
  • Un boeuf valait 80 drachmes, un mouton 16 drachmes et une tunique 8 drachmes.



Catalogue des monnaies gauloises


Source "Promenade historique au Revest et dans la vallée de Dardennes", publication 2008 des Associations Loisir et Culture, Société des Amis du Vieux Revest et du Val d'ArdÚne, Office du Tourisme du Revest-les-Eaux


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