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❂ Balades historiques - Origines de Toulon par Rémy Vidal



Bulletin de l'académie du Var, 284 pages, T20, 1897. Documents numérisé conservé à la BNF https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452177v/texteBrut
Rémy VIDAL archéologue, ancien professeur à l'école de Maistrance de l'Arsenal. Membre de l'académie du var depuis 1893.


TOULON  Chef-lieu d'Arrondissement
ORIGINES


Quand une ville, comme Toulon, compte son existence par dizaines de siècles et a vu dans ses murs vingt peuples différents tout saccager et tout détruire (4), il paraît bien téméraire de vouloir remonter dans le passé de son histoire, jusqu'à ces époques incertaines et obscures où la première famille humaine vint habiter son rivage.


Pourtant, la liste serait longue s'il fallait citer tous les savants et tous les chercheurs qui, depuis trois cents ans, ont essayé de soulever le voile qui couvre le berceau de notre cité.


Pour éviter les redites, nous ne ferons qu'effleurer les auteurs anciens et modernes qui ont le mieux connu notre pays, sans nous arrêter à leurs contradictions ; nous considérerons (0) les faits historiques les mieux établis : nous les rapprocherons des découvertes faites dans la ville et aux alentours, et, si de l'ensemble de tous ces faits, pour ainsi dire matériels, il n'en sort pas un peu de lumière, nous aurons au moins le mérite d'avoir fait tous nos efforts pour trouver la vérité.

 

D'après Strabon, il est certain que 600 ans avant J.-C, les Saliens habitaient la côte de Marseille, jusqu'à l'embouchure du Var, comme un antique patrimoine (1). Tite-Live, contemporain de Strabon, confirme cette donnée (2), et le langage de Pline répond à celui de Tite-Live quand il désigne les Salluviens, les Oxibiens et les Décéates comme les Ligures les plus célèbres de ce côté des Alpes.


Walckenaer, rapprochant les textes de Strabon et de Pomponius Mela, nous dit qu'il existait sur les côtes de Provence un lieu nommé Louerion ou Laurion et qu'il faut placer cette ville dans les environs de Toulon, en un lieu nommé Lauron entre les montagnes de Faron et de Caoumi.(3)

 

M. le Dr G. Lambert a trouvé l'emplacement de l'antique Laurion, un peu à l'Ouest du Revest, au quartier du Lauron, sur le flanc de Caoumi, mais « le sol celtique a disparu sous une épaisse couche de terre arable descendue, par suite du déboisement de la montagne, des pentes rapides de Caoumi aujourd'hui arides et dénudées » (4).


Les habitants de la tribu du Revest, comme leurs voisins des tribus de Tourris et d'Ollioules, descendaient au bord de la mer pour échanger leurs produits et chercher leur nourriture, car nous avons la preuve que ces peuplades primitives faisaient une grande consommation de coquillages, que la mer, dans ces temps reculés, comme aujourd'hui, produisait avec abondance.


A trois kilomètres de distance, à l'Est du village actuel du Revest, on voit sur la crête d'un contrefort du Coudon, taillé à pic, les ruines de l'ancienne Tourris (vieille Valette), où se trouvent les vestiges d'un oppidum ligure confondus avec des constructions gallo-romaines et des maçonneries du Moyen-Age. La porte d'entrée de l'enceinte celtique, placée au point culminant, ouverte entre deux énormes rochers, ainsi que plusieurs pans de murs écroulés, d'appareil cyclopéen, ne laissent aucun doute sur l'origine de ce village abandonné.


Cependant, les camps retranchés de Tourris et du Revest, malgré leurs positions exceptionnelles, n'étaient que de simples pagi, admirablement disposés pour mettre une tribu à l'abri d'un coup de main, d'une surprise, mais tout-à-fait insuffisants pour arrêter l'invasion.

 

Le grand oppidum de la région, celui qui dominait la rade, la plaine et les coteaux, celui qui donnait le signal du danger et pouvait mettre à l'abri de ses fortes murailles toutes les tribus environnantes, avec leurs provisions et leurs troupeaux, celui qui pouvait résister à l'ennemi ou le laisser passer sans danger pour les habitants, c'était l'oppidum de Courtine, à l'entrée des Gorges d'Ollioules.


Ce camp, un des plus vastes, des plus forts, des mieux conservés du département, et qui mérite à juste titre d'être connu des archéologues, a été signalé par M. Bottin en 1892 (5), mais n'a pas encore été relevé. Comme sa description nous entraînerait trop loin de notre sujet, nous nous réservons d'en parler plus longuement quand nous étudierons les origines des villages d'Ollioules et d'Evenos.


De ce qui précède, on déduit naturellement que 600 ans avant J.-C., c'est-à-dire à l'époque où les Grecs de Phocée abordèrent sur la côte gauloise, notre littoral était fréquenté par des peuplades aborigènes, peu denses, vivant séparées les unes des autres, mais suffisamment organisées pour prévenir le danger et concourir à la défense commune.


Nous verrons ailleurs, quand nous fouillerons au fond des vallées où dans ces gorges inaccessibles délaissées par la civilisation, que ces tribus primitives ne vivaient dans les terres que du produit de la chasse, du lait ou de la chair de leurs troupeaux ; et, au bord de la mer, de la pêche et des nombreux coquillages qu'ils trouvaient autour des rochers. 

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(0) cette série d'époques postérieures à l'ère chrétienne (du Ier au IXe siècle) 48 invasions de barbares, 6 guerres civiles, 6 irruptions de troupes étrangères, 17 pestes connues et décrites, 4 tremblements de terre, 9 froids mémorables par leur rigueur destructive, ont successivement porté la désolation dans le département.— N. Noyon.— Statistique du département du Var, p. 343,
(1) Strabon. — T. I, liv. IV.
(2) Tite-Live. — XXIe liv. Seconde guerre punique.
(3) Walckenaer. — Géogr. des Gaules. T. II, p. 243.
(4) Dr G. Lambert. — Hist. de Toulon, p. XII.
(5) C. Bottin. — Camp Celto-ligure de Courtine, Broch. 1892.


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