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♖ Tourris - La Vieille-Valette et Tourris



NDLR : certains raccourcis et conclusions de ce texte sont erronés. Notamment la présence de la famille de Nas à Tourris est effective depuis 1551 et pas 1495 sous le règne de Louis VIII. Ne considérer donc les descriptions que comme des pistes de départ, pas des faits avérés.

 

Les Romains, afin de s'éviter le passage par Solliès pour gagner la vallée du Gapeau, alors difficilement abordable, avaient établi un chemin de Vallis Laeta à Vallis aurea qui n'est autre que Valaury, un hameau de Solliès-Toucas dont ils dérivèrent l'abondante source, dite du Thon, vers Pomponiana.

 

Cette voie secondaire, se sépare aujourd'hui de la voie stratégique de Coudon au col de la Folie et escalade la tranche de melon, du côté Nord, au sommet de laquelle elle traverse un vaste plateau boisé entre Coudon et le Grand-Cap : c'est la Plaine des Selves, la bien nommée, jusqu'à l'invention du gaz d'éclairage qui a fait substituer le goudron de houille au goudron de bois ; il y avait là une pégoulière ou fabrique de goudron, qui distillait les pins d'Alep du voisinage pour alimenter de brai l'Arsenal de Toulon. Le chêne vert, également abondant, fournissait le charbon à leur verrerie voisine. Verrerie et pégoulière sont maintenant en ruines.

 

Au-delà, la voie descendait à Vallaury par le col qui porte le nom tragique de la Mort-de-Gautier. Nous n'avons pas pu découvrir à quel Gautier se rapportait ce décès. Il y eût cependant à la Valette, un Gautier dont la mémoire mérite mieux qu'une simple mention : c'est le prieur Jean de Gautier qui fonda de ses deniers, avec l'évêque de Toulon Mgr de Chalucet, l'hospice de la Charité. Mais le saint homme mourut dans la paix du Seigneur et dans son lit.

 

De l'ancienne Verrerie, une avenue d'arbres rachitiques conduit au domaine de Tourris. Ce domaine fut érigé en fief par Charles VIII en faveur du capitaine Louis de Nas, un de ses vieux compagnons d'armes en Italie, dans la descendance duquel il resta cinq générations qui prirent de ce fait le nom de Nas de Tourris.

 

Ces Nas étaient une famille de négociants aixois, représentée en 1492 par Simon Nas, le propre frère du capitaine Louis, qui organisa cette année-là la première loterie qu'on ait vue dans cette ville sous le nom de Jeu du sort et la fortune.

 

La fabrique de goudron et la verrerie de Tourris ne donnaient sans doute qu'un maigre produit ; la crise des transports y sévissait certainement déjà et les Nas de Tourris cherchèrent dans la marine royale un emploi à leur activité ; ils y gagnèrent le goût des voyages et de l'exotisme, si bien qu'en 1785, le dernier d'entre eux, vendit la seigneurie à M. Aguillon, de Toulon, et partit pour l'île de France, s'évitant ainsi, sans s'en douter, les multiples désagréments qui attendaient les ci-devants en 1793. Il s'était réservé seulement le nom de Tourris.

 

C'est ainsi qu'il nous a été donné de rencontrer un de ses descendants au cours d'une campagne coloniale, à une époque où nous ne pensions certes pas à vous entretenir du berceau de ses ancêtres. En 1790, Tourris fut rattaché partie a la commune du Revest, partie à celle de la Valette. Aujourd'hui, le domaine appartient à la famille de Gasquet.

 

En face et au sud du manoir, un chemin charretier, bien frayé, conduit à une dépression dans la tranche de melon, côté nord. Là, on trouve cette espèce de col barré par un mur en pierres sèches, d'aspect primitif. Le chemin tourne le long de l’à-pic, gagnant le sommet du piton voisin où, parmi les pins d'Alep, gisent les ruines d'un village du Moyen-âge : La Vieille-Valette, détruite pendant les guerres de religion. La tradition se maintient à la Valette de l'exode des habitants de la plaine vers ce refuge de la montagne à chaque alerte, qu'elle fut causée par les pirates de mer ou par d'autres gens de guerre.

 

L'enceinte médiévale est encore presque entière, ainsi qu'une des portes. Une tour carrée est juchée au plus haut de l'à-pic, c'est la reproduction, en moins bon état de celle de Pénafort.  L'église, ou plutôt la chapelle (4 m. x 4 m.) est complètement effondrée, ce qui s'explique : elle est en dehors du rempart. Les constructions, à l'intérieur, ne sont du reste pas en meilleur état, et il est même difficile de retrouver, parmi les décombres, l'emplacement des ruelles de ce nid de hiboux.

 

Les archéologues ne se sont pas mis d'accord au sujet des origines de la Vieille-Valette. F. Moulin lui dénie toute origine préhistorique et ne cite pas même le mur en pierres sèches - dont nous avons parlé tout à l'heure. Notre ancien confrère, Z. d'Agnel, au contraire, a découvert dans la maçonnerie du rempart, en partie éboulé à l'est, des fragments de meules plates, en basalte, de tuiles à rebords et de poteries grossières, dont la présence, en cet endroit, ne s'explique que parce qu'ils étaient sur place, au moment où les ouvriers ont édifié le mur à chaux et à mortier. Quelle raison auraient-ils eue, en effet, d'apporter du dehors de tels matériaux, alors que la pierre à bâtir abonde sur place? La Vieille-Valette est donc au moins d'origine gallo-romaine.

 

La guerre de 1914-18 a exigé une telle exploitation des bois, que nous avons pu battre l'estrade autour de la station, mieux que ne l'avaient pu faire nos devanciers. C'est ainsi que nous avons découvert une toute petite enceinte, bien curieuse : elle mesuré seulement 8 m. de diamètre avec un mur circulaire d'un mètre d'épaisseur, en parfait état, à une seule ouverture, de 0 m. 50, à l'Ouest. Nous pensions à un soubassement de hutte, d'autant que nous avions recueilli, à quelques pas, un gros fragment de meule plate en basalte d'0llioule, quand pénétrant à l'intérieur, nous ne fûmes pas peu surpris d'y trouver le sol jonché d'énormes pierres de 20 à 40 kilos, jetées là, sans ordre apparent, sur une épaisseur impossible à apprécier. Après réflexion, et y être retourné plusieurs fois, nous nous sommes arrêtés à la solution que ce devait être là une sorte de citerne destinée à recueillir les eaux de ruissellement de la colline, car l'enceinte est juste au pli du terrain, et qu'on l'aura comblée à la suite de quelque accident en se ménageant la possibilité d'y recourir de nouveau, en cas de besoin.



Source : Commandant Laflotte - Bulletin de la Société d'études scientifiques et archéologiques de la ville de Draguignan 1921 - Promenades archéologiques varoises


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